Aller à l’université en Somalie et au Somaliland

Une étudiante de l'université Hiran, à Belet Huen, centre-ouest de la Somalie.

Université Hiran, à Belet Huen, centre-ouest de la Somalie. © AMISOM.

Une cinquantaine d’universités et instituts d’études supérieures existent actuellement sur le territoire de la Somalie et du Somaliland, accueillant un peu plus de 50 000 étudiants. Elles ont été fondées pour la plupart, entre 2004 et 2012 après le retour d’exil du gouvernement somalien à Mogadiscio.

Une poignée d’entre elles bénéficient d’une enveloppe de fonds publics en Somalie alors qu’au Somaliland, toutes (sauf 1) reçoivent des subsides de l’Etat autoproclamé indépendant, ainsi que la moitié des universités de la région autonome du Puntland. Les compléments budgétaires sont assurés par des fonds privés et les inscriptions des étudiants, mais aussi par des institutions internationales comme l’Union européenne, le Fonds des Nations unies pour la population, l’Organisation mondiale de la santé, Muslim Aid, la coopération suédoise etc.

L’université nationale de Somalie est l’université « historique ». Elle a été établie peu après l’arrivée du général Siad Barré au pouvoir, en 1970.

Le Somaliland, autoproclamé indépendant en 1991, et profitant de plus de stabilité politique, a inauguré l’université de Hargeisa en 2000.

La fréquentation de ces établissements supérieurs est très variable mais c’est l’université de Mogadiscio qui attire le plus d’étudiants (10,2%), suivie de l’université de Hargeisa au Somaliland (7,8%) et l’université de Somalie (7,6%), située également à Mogadiscio.

Avant les guerres civiles somaliennes

L’Italie, puissance coloniale présente depuis 1889 dans la région (comme les Français et les Britanniques), n’avait guère fait d’efforts pour instaurer un cycle d’enseignement supérieur après que les Nations unies lui eurent confié le protectorat de la Somalie*, mais elle avait essaimé collèges et lycées à la veille de l’indépendance, de quoi constituer un réseau solide.

Au Somaliland, encore sous le coup de la révolte nationaliste et religieuse du « Mad Mullah » (1899-1920) les Britanniques **  ne peuvent convaincre les fiers éleveurs nomades que leurs enfants rejoignent les écoles privées dirigées par des chrétiens. Par ailleurs, ce n’est qu’à la fin des années 1950 que les autorités coloniales se dotent d’un budget réaliste pour l’éducation au Somaliland***. Le coup de pouce arrive trop tard: le pays est indépendant le 26 juin 1960 -pendant 4 jours-, avant de fusionner avec la Somalie.

Les autorités du nouveau gouvernement somalien doivent alors composer un curriculum à partir de deux systèmes scolaires, qui plus est,  de deux langues différentes d’enseignement (italien et anglais).
En 1974, Siad Barré, sous la bannière du « socialisme scientifique » (mélange de marxisme-léninisme et islam) lance une vaste campagne d’alphabétisation dans le pays. Elle fait suite à l’adoption des conventions de la langue écrite somalienne, en caractères latins. La réussite est spectaculaire : le taux d’alphabétisation passe de 5% à 55%. L’éducation est gratuite.

A l’université nationale de Somalie, dans les années 70, on forme des professeurs, des médecins, des journalistes. Une quinzaine de disciplines seront enseignées. Mais il n’y aura aucun autre établissement en dehors de la capitale.

Avec l’intensification de la guerre civile dans les années 80, et le durcissement du régime, les étudiants -et les professeurs- commencent à déserter les classes, qui pour rejoindre les troupes, qui pour fuir la répression. L’université nationale ferme définitivement ses portes en 1990. Les bâtiments sont totalement détruits et pillés au cours des affrontements. Les écoles, lycées, collèges abritent les campements des populations déplacées.

Proposer une alternative aux armes et à l’exil

Selon le site de l’université de Mogadiscio, c’est à partir de 1995 que des initiatives privées prennent forme pour reconstituer une filière de l’enseignement supérieur. Les fonds de la diaspora, des associations musulmanes et de la Banque islamique de développement sont mobilisés pour la cause.

En 2000, l’université de Mogadiscio voit le jour. Mais, les locaux temporaires que la nouvelle administration déniche pour abriter ses premiers cours, sont les cibles des miliciens. Enseignants et étudiants ne sont pas en sécurité. Ils émigrent dans l’hôtel Sinai, puis au gré du développement des filières, s’installent dans plusieurs lieux de la capitale.

Enfin, en 2005, les étudiants font leur rentrée dans des bâtiments entièrement neufs, à l’extérieur de Mogadiscio. Le campus peut ainsi résister à la prise du pouvoir de l’Union des tribunaux islamiques (juin-décembre 2006), à sa chute, et à tous les affrontements qui s’ensuivent avec les troupes éthiopiennes qui ont envahi le pays.

En 2008, elle ouvre un nouveau campus à Bossasso, au Puntland.

Le lieu « historique » de l’université nationale de Somalie n’a été rendu aux autorités somaliennes qu’en 2017. Des contingents de la mission des Nations unies en Somalie les occupaient depuis dix ans.

En janvier 2013, il y avait 23 institutions d’enseignement supérieur en fonction au Somaliland.

Etudiants et enseignants

Selon l’institut Heritage, qui a publié un rapport en 2013 sur l’enseignement supérieur en Somalie, 8 institutions regrouperaient 56% du nombre total d’étudiants. Aucune statistique n’existe sur la répartition des étudiants par genre.

L’enquête du laboratoire de réflexions somalien, qui porte sur 44 établissements, révèle que le niveau de diplômes le plus courant parmi les enseignants, reste celui de maîtrise (4/5 ans d’études), mais une bonne partie n’a « que » le baccalauréat.

Près de 70% des étudiants somaliens et somalilandais suivent la filière informatique (51 400 étudiants inscrits en 2013). Les sciences sociales, le commerce, le droit et la santé sont les autres matières les plus fréquemment étudiées.

Les filières agriculture et santé animale ne comptent qu’un petit millier d’étudiants, concentrés au Somaliland.

Les établissements souffrent du manque de moyens: un déficit de laboratoires de recherche ou d’ateliers pratiques. Des bibliothèques -même avec des abonnements E-book- guère fournies. Et tout simplement: du matériel et de l’équipement scolaire.

Le 3 décembre 2009, un attentat des shebabs a lieu dans la cour de l’hôtel Shamo, à Mogadiscio, lors d’une cérémonie de remise de diplômes à des étudiants de médecine de l’université de Benadir. Le terroriste, travesti en femme voilée, fait exploser sa ceinture d’explosifs en montant sur l’estrade. 25 personnes dont le ministre de l’Education supérieure, le ministre de l’Education et le ministre de la Santé, 9 étudiants, 2 médecins, 3 journalistes, sont tués et  60 autres blessés. Devant l’indignation de la population, les shebabs réfutent être les auteurs de l’attentat.

____________

* Après la Seconde Guerre mondiale, le Somaliland italien est sous la tutelle des Nations unies et c’est pourtant, au vaincu que l’administration est confiée en 1950. La région prend le nom de Somalie lorsque la région devient autonome sous administration italienne en 1956.

** Installés en 1887.

*** 500 £ en 1939 contre 340 000 £ en 1957.

 

Sur le bureau

The State of Higher Education in Somalia: privatization, rapid growth, and the need for regulation. Rapport de l’Institut Heritage, Mogadiscio. Août 2013.

Une vidéo de promotion de l’université de Mogadiscio, qui retrace son histoire et le développement de ses facultés. Durée: 17’12.


(Remarque: dans les années 90,  il n’y avait pas autant de niqabs et de vêtements sombres du côté des femmes !)

Notes de terrain. Somalie. Sur ce site.

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