Soudan: le SPLM-N enlisé dans un conflit interne

Les forces armées en présence au Sud-Kordofan et au Nil Bleu

Février 2016.

Malik Agar, l’ancien gouverneur du Nil Bleu, et commandant-en-chef du Mouvement de libération du peuple Soudan-Nord (SPLM-N), n’a pas vu venir le coup. Le 7 mars 2017, son adjoint Abdel Aziz al-Hilu, démissionne. L’homme, dont la réputation d’intégrité et de diplomatie est imparable, est en désaccord sur la stratégie dans les négociations de paix avec Khartoum. Il demande une révision du programme du SPLM-N, et une réorganisation des structures internes.

Dans sa lettre de démission au Conseil de libération du Sud-Kordofan et des monts Nouba, il reproche à Malik Agar et Yassir Arman, le secrétaire général du mouvement, membre de la délégation dans les négociations de paix avec le Soudan, d’avoir échoué dans leurs objectifs.

Le ton monte entre les dirigeants du SPLM-N

Abdel Aziz al-Hilu, candidat malheureux aux élections du gouvernorat du Sud-Kordofan en 2010. Nouveau président du Conseil de libération du Sud-Kordofan et des monts Nouba (SPLM-N).

Le Conseil de libération du Sud-Kordofan et des monts Nouba refuse la démission de Abdel Aziz al-Hilu, et reprend à son compte ses critiques à l’encontre des dirigeants du SPLM-N, la guérilla qui mène le combat dans les Etats du Sud-Kordofan et du Nil Bleu. En juin, il désavoue Yassir Arman, et se retire du processus des négociations de paix à Addis Abeba, sous l’égide de l’Union africaine. Les troupes de Malik Agar et Yassir Arman ont interdiction de pénétrer au Sud-Kordofan.

Malik Agar, commandant-en-chef du SPLM-N, ex-gouverneur de l’Etat du Nil Bleu

Malik Agar se met en colère et parle de « coup d’Etat » quand le Conseil nomme al-Hilu comme son nouveau président. Puis, il se radoucit quelques jours plus tard, offrant à Arman et al-Hilu de se démettre ainsi que lui-même, au profit d’une équipe temporaire jusqu’à la réunion de l’organe suprême de direction du mouvement qui décidera de la suite.

Abdel Aziz al-Hilu ignore la proposition et convoque en juillet une réunion dans les monts Nouba afin de définir de nouvelles façons et structures de poursuivre le combat contre Khartoum. Plus de 700 délégués y participent. Le nouveau président désigne les membres d’un comité de réflexion.

Au début octobre, une nouvelle assemblée a lieu dans les monts Nouba. Le Conseil de libération est renouvelé et se prononce clairement pour l’autodétermination du Sud-Kordofan.

Parallèlement à ces événements, des incidents éclatent entre les communautés Uduk (dont Abdel Aziz al-Hilu est issu) et al-Angassana (Malik Agar) dans l’Etat du Nil Bleu.

L’affaiblissement de l’opposition à el-Béchir

La division du SPLM-N a de lourdes conséquences puisque les rebelles sont des membres proéminents du Sudan Call (appel du Soudan), qui réunit les mouvements de l’opposition au régime de Omar el-Béchir. Ceux-ci se sont empressés de jouer les pacificateurs entre les deux hommes, sans succès pour l’instant.

Le 2 août 2017, Abdel Aziz al-Hilu annonçait un cessez-le-feu unilatéral pour six mois au Sud-Kordofan.

Au Nil Bleu, c’est Omar el-Béchir qui proclamait en juillet, un cessez-le-feu jusqu’en octobre 2017. Cependant, dès la mi-septembre, Malik Agar s’inquiète de mouvements de l’armée soudanaise en direction de l’Etat.

Le 10 décembre, le SPLM-N a attaqué un convoi militaire, quelques jours avant que Malik Agar proclame un cessez-le-feu unilatéral.

Le Sud-Kordofan est l’une des régions dites « marginales », aux côtés de l’Etat du Nil Bleu et du territoire d’Abyei, qui est tombé dans les limbes de l’accord de paix de 2005 entre Khartoum et Juba. Ces trois régions, disputées entre les deux capitales, auraient dû organiser des consultations populaires sur leur appartenance au Soudan ou au Soudan du Sud, au même moment où ce dernier pays s’apprêtait à décider de son avenir (2011). Mais les autorités soudanaises se sont méticuleusement employées à bloquer tout processus en assurant un état de guerre permanent.
Alors que le SPLM est porté au pouvoir à Juba, la faction du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), ancrée au Soudan, décide de poursuivre le combat et devient le SPLM-Nord.

Sur le bureau

Nuba reports. Agence de presse des monts Nouba. Actualités, films, webdocumentaires sur la région.

Infographies: Les conflits oubliés au Darfour, Sud-Kordofan et Nil Bleu. Enough Project. 2014. Des infographies résumant les guerres civiles au Soudan.

Un conflit qui s’étend. La guerre au Sud-Kordofan. La guerre au Nil Bleu. International Crisis Group. Février 2013.

 

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