Elections somaliennes : dernière ligne droite

Mogadiscio, 27 décembre 2016. Cérémonie de prestation de serment des députés du nouveau Parlement somalien. Sur la table, des exemplaires du Coran. Les parlementaires se succèdent par groupe de 30.

Mogadiscio, 27 décembre 2016. Cérémonie de prestation de serment des députés du nouveau Parlement somalien. Sur la table, des exemplaires du Coran. Les parlementaires se succèdent par groupe de 30. © AMISOM.

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Le 8 février 2017,  Mohamed Abdullahi « Farmaajo », a été élu président de la République de Somalie, avec 184 voix contre 97 voix pour Hassan Sheikh, le président sortant et l’ancien président Sheikh Sharif (46 voix). Mohamed Abdullahi possède la double nationalité américaine-somalienne. Agé de 55 ans, il avait été Premier ministre de 2010 à 2012, « sacrifié » dans la lutte pour le pouvoir que s’étaient livrés le président et le président du Parlement. « Farmaajo » est considéré comme l’un des dirigeants les plus honnêtes de Somalie, paradoxalement élu après un processus électoral gravement entaché d’incidents et de corruption. Son élection a été accueillie avec enthousiasme par une majorité de Somaliens.
Mohamed Abdullahi, du clan Darod-Marehan, doit son surnom à l’amour immodéré de son père pour le fromage italien.

Initialement, il y avait 24 candidats pour le poste dont une femme, Fadumo Dayib. Confrontée aux harcèlements et face à la corruption qui a entouré la campagne électorale, cette dernière, qui comme une bonne partie de ses concurrents, possède une double nationalité, a renoncé.

Le vote s’est déroulé sous haute protection, dans un hangar de l’aviation militaire somalienne. Le vainqueur devait réunir 2/3 des suffrages des 328 membres de la Haute chambre et de la Basse chambre.

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Après 4 reports des élections parlementaires, et un vote « à-la-va-comme-je-te-pousse », un constat: les Somaliens restent empêtrés dans les filets des intérêts claniques et individuels. Reste encore une échéance, la présidentielle en janvier 2017, pour compléter la panoplie politique, réclamée par la communauté internationale.

« J’ai fait un rêve »

Au départ, en 2013, la Somalie s’était rêvée une élection présidentielle au suffrage universel. C’était peut-être trop demander pour une échéance aussi rapprochée que celle de 2016. Le contexte – manque d’argent, absence de lois électorales,  fractionnement de l’Etat, des shebabs prêts à tuer candidats et électeurs, des miliciens voués à la cause des hommes d’affaires- ne se prête guère à l’organisation d’un tel scrutin.

Revenue à plus de modestie, la Somalie a opté pour élargir la base du collège électoral.

En 2012, 135 chefs traditionnels, « représentant » la population de la seule capitale, Mogadiscio, avaient désigné les 275 députés de la Basse chambre. Le processus avait pris la forme d’une réunion entre amis, à huis clos, où répartitions des pouvoirs et tractations claniques.

Le plan Vision 2016, établi par les autorités il y a trois ans, avec l’appui, et sous la pression, de la communauté internationale, ouvrait la consultation à 6 régions : Puntland, Galmudug, Jubaland, Etats du Sud-Ouest, Banaadir et Hir-Shabelle. Jusqu’au Somaliland qui, bien que boycottant le processus pour cause d’indépendance (autoproclamée), aura des représentants.

Soit le défi de constituer un collège électoral de 14 025 personnes issues de 51 circonscriptions, avec un quota de 30% réservé aux femmes*.

En ce qui concerne les règles de candidature, les Nations unies avaient obtenu « sur le papier » que le Forum national  rejette tout aspirant qui aurait commis des abus des droits de l’homme. Comprendre dans cette exclusion : les chefs de guerre somaliens, dont la majorité font de l’import/export. Manqué. Au moins 3 ont été retenus.
Les autorités de Galmudug ont d’ailleurs renchéri sur ce point. Elles ont déclaré que les Nations unies avaient envoyé trop tard la réclamation concernant  « leur » président-candidat, Abdi Awale Qaybdid (surnommé « Mad Abdi », Abdi-le-fou, ), et que, de toute façon, elles se devaient de respecter le choix des citoyens.

On ne se débarrasse pas non plus des pouvoirs intrigants des « anciens » des clans. Les désignations ont traîné en longueur repoussant quatre fois l’échéance des élections parlementaires.

En outre, le président sortant, Hassan Sheikh Mohamed, qui souhaite reconduire son mandat, s’en est mêlé. Les assassins ont distribué de l’argent. D’autres ont fait comme d’habitude: « bourrer » les urnes.

Etape 1 : les Chambres

Finalement, le 27 décembre 2016, 41 parlementaires de la Chambre haute et 241 députés de la Chambre basse, prêtent serment.

45% des anciens députés ont récupéré leurs sièges dans la nouvelle législature.

La représentation des femmes à la Chambre basse a atteint 24%*. Un score qui a attiré le commentaire suivant de la présidente de l’Association des femmes de Somalie Batula Caballe :

Ceux qui occupent les sièges de député réservés aux femmes devront porter des robes

L’organisme garant de la régularité des votes (Independent Electoral Dispute Resolution Mecanism, IEDPRM) a écarté du revers de la main, 6 dossiers litigieux sur 11.

5 circonscriptions devront revoter dans les prochains jours. Ce qui a fait rugir la communauté internationale qui avait relevé 24 dossiers litigieux, et dénoncé la corruption des électeurs, les menaces, intimidations, kidnappings qui ont décrédibilisé les élections.
L’actuel ministre fédéral de la jeunesse et des sports, Mohamed Abdullahi Hassan Noah, a même été impliqué dans des violences au centre de vote de la région Hir-Qhabelle.

Alors certes, il y a une petite amélioration: en 2009, les « anciens » des clans allaient voter à Djibouti. En 2012, ils ne votaient qu’à Mogadiscio. Les présidents et les chambres régionales désignent les membres de la Chambre haute, jetant ainsi un lien entre la capitale et le reste du pays.

Etape 2 : présidences

Restent la désignation du président de la Somalie, couplée à celles du président et du porte-parole de l’Assemblée : un savant dosage à composer ! Puisque les clans se répartissent traditionnellement ces fonctions.

Et mauvais présage, les présidents sortants ne sont pas souvent reconduits dans leurs fonctions. Mohamed Sheikh Hassan, du clan Hawiye, pourrait être enclin à se cramponner à son fauteuil.

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*En France : 27% de femmes à l’Assemblée nationale. 25% au Sénat.

 

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