Les Sud-Soudanais n’ont pas de quoi fêter l’indépendance

Juba, 9 juillet 2016. La population fuit les combats dans la capitale

Extrait de la vidéo de la Croix-Rouge du Soudan du Sud

Actualisation: Les habitants de Juba ont été enjoints de fêter l’anniversaire de l’indépendance chez eux en raison des violences qui ont éclaté les 8 et 9 juillet. Le général en chef de l’Armée de libération du peuple soudanais (SPLA), Paul Malong Awan affirme que la situation est «sous contrôle». Un premier bilan fait état de 247 morts. Mais les affrontements se poursuivent de façon sporadique. Plusieurs milliers de personnes ont fuit dans les sites de protection des Nations unies et dans les concessions des organisations internationales. (vidéo Croix-Rouge du Soudan du Sud)

Le Soudan du Sud a 5 ans, ce 9 juillet 2016. Hormis le fait que le gouvernement n’a pas un sou pour organiser les cérémonies au niveau national, il reste peu de Sud-Soudanais qui ont le coeur à la fête.

La crise économique bien installée

Officiellement, le budget alloué aux commémorations de l’indépendance du pays en cette année 2016 est l’équivalent de 45 000€ contre 2,9 millions (admis par le gouvernement) l’année précédente. Une chute vertigineuse qui en dit long sur l’état du Soudan du Sud.

La livre sud-soudanaise a été dévaluée en décembre 2015, sous la pression du Fonds monétaire international, afin de réduire le déficit budgétaire, et flotte désormais au gré du marché des changes. Les prix des denrées alimentaires (sucre, sorghum, riz, huile), et du carburant ont doublé, voire triplé.

Les personnels de la santé et de l’éducation courent après leurs salaires, et s’essoufflent à obtenir les augmentations promises pour compenser les effets de la dévaluation. Les soldes des militaires et des policiers cumulent les retards et les intéressés se paient en nature sur la population et à l’occasion, sur les organisations non gouvernementales.

L’argent de l’Etat s’est évaporé avec la chute du prix du baril de pétrole* et celui de la production -le budget du pays dépend à plus de 90% des revenus de l’or noir- ou bien, il est parti dans les dépenses de l’armée, dans les poches des profiteurs de guerre et des fonctionnaires sans scrupules.

La rivalité entre Salva Kiir, le président en titre, et son vice-président, Riek Machar, réinstallé dans ses fonctions depuis  le 26 avril 2016, a considérablement augmenté les tensions ethniques. Avec une mention spéciale pour le premier qui, à la fin de l’année dernière, a décidé unilatéralement, et en violation des accords de paix avec son rival, de créer 28 Etats pour remplacer les 10 existants. Le découpage, supposé rapprocher l’Etat de ses administrés, divise profondément la population selon les ethnies, voire les clans, au mieux des intérêts du régime en place.

Le tissu social craque de partout

La guerre civile, déclenchée par les événements du 13 décembre 2013, se poursuit sournoisement contre les populations non ndinka (ethnie majoritaire avec 3,2 millions d’individus), dont le président Salva Kiir n’est pas sûr**.

Le dernier incident en date a éclaté le 24 juin 2016, à Wau, capitale du nouvel Etat éponyme, au nord-ouest du pays, où des soldats de l’Armée de libération du peuple soudanais (SPLA), secondés par des jeunes miliciens ndinka se sont attaqués à des résidents d’ethnie Fertit***. Les Fertit avaient été utilisés par les autorités de Khartoum dans sa guerre contre le Sud (1983-2005).

Le bilan n’est pas encore clairement établi mais il y aurait plusieurs dizaines de morts.

Les soldats ont mis un revolver sur la tempe de Rosanna et lui ont demandé d’ouvrir la pharmacie. Ils ont tout saccagé et ils ont éparpillé les médicaments. Ils en ont volé quelques uns. Ils cherchaient de l’argent, mais il n’y en avait pas.

Mariana, soeur de Rosanna. Wau. Témoignage recueilli par Al-Jazeera

L’incident a provoqué le déplacement de près de 70 000 personnes. Hasard ? Le commandant de la SPLA de la région est l’un des chefs militaires sanctionnés par les Nations unies pour les atrocités commises lors du dernier conflit.

Au total, le Soudan du Sud compterait 1,6 million de déplacés.

Dernière heure : le 8 juillet, un accrochage a eu lieu entre les forces de l’Armée de libération du peuple soudanais (SPLA) et celles de l’Armée de libération du peuple soudanais dans l’opposition (SPLA-IO) à un point de contrôle, dans la capitale Juba. 5 soldats de la SPLA ont été tués. Le couvre-feu a été décrété. L’incident intervient après une suite d’actes hostiles entre les troupes des deux rivaux, Salva Kiir et Riek Machar.

Les affrontements entre groupes armés perturbent les interventions humanitaires.

Aujourd’hui, 4,8 millions de personnes souffrent de pénurie alimentaire quand ce n’est pas tout simplement de famine. Les razzias sur le bétail se sont multipliés ces derniers mois.

Au milieu de ce chaos, avec une constance qui mérite le respect, des communautés, des responsables locaux, des militants des droits de l’homme, des chefs religieux, organisent des ateliers et des rencontres sur la  justice, la paix et la réconciliation. Les « ambassadeurs » qui ont été formés à ce travail par le comité pour la guérison, la réconciliation nationale et la paix (créé en octobre 2014) n’ont pas pu être déployés dans tous les Etats, faute de subsides.

La communauté internationale n’a toujours pas versé les sommes promises au gouvernement pour l’application des accords de paix, jugeant que l’engagement des dirigeants dans le processus reste limité.

__________

* A un moment donné, le prix du baril (25$) a presque atteint le montant de la taxe que le Soudan fait payer à son voisin pour le transport du pétrole (24$). Khartoum a annoncé qu’il était près à réduire ses tarifs en janvier 2016, mais depuis, plus de nouvelles. La production du pétrole au Soudan du Sud est la moitié de ce que les puits produisaient avant le conflit de décembre 2013 : 160 000 barils/jour

** Relire sur ce site : A Malakal, des violences peu spontanées contre les déplacés.

*** Une nouvelle version est apparue ce 9 juillet sur les réseaux sociaux: le gouverneur du nouvel Etat de Wau, Elias Waya Nyipuoch, s’est plaint des comportements des troupes à majorité, de l’ethnie nuer, restés fidèles au gouvernement de Juba, à l’égard des résidents. Le 24 juin, le chef de l’Etat, Salva Kiir l’a brutalement démis de ses fonctions en l’accusant d’attiser la haine ethnique, et l’a aussitôt remplacé par l’ancien président du Parlement du Bahr-el-Ghazal occidental, Andrea Mayar Achor. Ce dernier avait été évincé de son poste après un vote de défiance des députés, en 2015. Les incidents du 24 juin auraient eu comme origine le meurtre d’un policier de l’ethnie Jur qui enquêtaient sur des assassinats commis par les soldats de la SPLA. C’est dire que tout cela est bien compliqué !!!

Sur le bureau

The 3-year old victime of renewed fighting. Reportage de Al-Jazeera. Des habitants de Wau témoignent des événements du.

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