Afrobarometer: Faites vous confiance à vos dirigeants dans la lutte contre les violences?

Comment les Ougandais et les Kenyans apprécient les efforts de la lutte anti-terroriste de leurs dirigeants ? Enquête Afrobarometer

Que pensent les Kenyans et les Ougandais de la lutte anti-terroriste que mènent leurs dirigeants ? Pas que du bien, si l’on en croit le graphique ci-dessus.

C’est l’un des aspects de l’enquête menée par Afrobarometer dans les zones de crise : région du lac Tchad, Sahel et la Corne de l’Afrique.

Lorsqu’ils sont interrogés, en novembre-décembre 2014, les Kenyans ont connu, selon les chercheurs d’Afrobarometer, 95 attaques (287 morts) dont celle du campus de l’Université de Garissa par les shebabs; les Ougandais (mai 2015), 3 attaques  (32 morts) et les Tanzaniens (août-novembre 2014),  9 attaques (4 morts).

La corrélation entre la montée du terrorisme et les inquiétudes sur la sécurité est évidente.

4 Kenyans sur 10 ont mentionné les questions relatives à la sécurité comme l’un des trois problèmes principaux auxquels se trouvent confrontés leurs pays tout comme les Nigérians (39%), et les Maliens (38%). C’est plus du double de la moyenne (19%) à travers les 36 pays enquêtés en 2014-2015.

Environ un citoyen sur cinq (19%) ont mentionné des questions de sécurité (crime et sécurité, violence et instabilité politique, tensions ethniques, guerre entre Etats, guerre civile, et terrorisme confondus) comme l’un des trois problèmes les plus importants auxquels se trouve confronté leur pays. Ceci classe la sécurité au septième rang, après le chômage, la santé, l’éducation, les infrastructures/transports, l’eau, et la pauvreté.

Extrémisme violent en Afrique, juin 2016

L’enquête, intitulée Extrémisme violent en Afrique, recueille les données d’entretiens réalisés dans 36 Etats africains, à différentes dates entre 2014 et 2015.  Près de 54 000 personnes ont répondu à des questionnaires sur la situation sécuritaire dans leur pays.

Faites-vous confiance à …?

Faites-vous confiance à la police ? fait partie d’une série de questions posées sur les mesures à prendre dans la lutte contre les violences. En se basant sur ses sondages, Afrobarometer souligne combien l’adhésion d’une population à une politique de lutte contre la violence est dépendante du comportement des forces de l’ordre.

En comparant les données par zone géographique, c’est dans la région de l’Est (Burundi, Kenya, Ouganda, Tanzanie) que l’on paraît le plus confiant dans les institutions policières: 57%. Sauf dans le pays qui a connu  le plus d’attaques : le Kenya (36%).

39% de la population fait confiance aux policiers en Afrique centrale, et 48% en Afrique de l’Ouest.

Faites-vous confiance à la police pour lutter contre la violence?

Question posée aux répondants: Faites-vous confiance à chacune des institutions suivantes, ou n’en avez-vous pas suffisamment entendu parler ? La police ?

On peut trouver une raison derrière cette suspicion : la corruption.

Afrobarometer Perception de la corruption dans la police

Source : Afrobarometer.

 

Signalons que depuis octobre 2014, les autorités kényanes tentent de « nettoyer » les rangs des policiers et se veulent plus sélectives. En octobre 2015, la Commission du service national de police du Kenya a épluché les dossiers de 63 policiers. Certains ont été licenciés et d’autres ont repris  leurs fonctions et sont sous probation. Le 18 mai 2016, 14 officiers supérieurs dont le porte-parole de la Police, qui avaient fait appel de la décision, ont été définitivement exclus de l’administration (pas de poursuites pénales en vue). A leur actif : trafic humain, conduite non professionnelle, et fausse déclaration bancaire. Derrière ce dernier chef d’accusation, une combine : des agents de circulation transféraient des sommes d’argent sur le compte de leurs supérieurs hiérarchiques.

Mais, il n’y a pas que la corruption. Le Kenya a aussi connu des exécutions extra-judiciaires et la chasse aux shebabs est souvent prétexte à des abus des droits de l’homme. En avril 2014, plus de 3 000 Kenyans somalis et réfugiés somaliens ont été parqués pendant plusieurs jours dans un stade du centre-ville de Nairobi.

L’armée, en revanche, suscite, de façon générale, plus de confiance auprès de la population que la police.

65% des Africains font «partiellement» ou très confiance à l’armée. 79% en Afrique de l’Est* ! Et 68% au Kenya !

Faites-vous confiance à l'armée pour lutter contre la violence?

Question posée aux répondants: Faites-vous confiance à chacune des institutions suivantes, ou n’en avez-vous pas suffisamment entendu parler ? L’armée ?

Pourtant, lors de l’attaque menée par les shebabs contre l’Université de Garissa, le délai de réaction des militaires étaient au centre de la polémique : 8 heures avant d’intervenir sur le campus. L’avion qui devait emporter les forces spéciales n’était pas prêt.

En août-novembre 2014, deux tiers des Kenyans (66%) approuvaient l’intervention de leur armée en Somalie. Mais depuis, le groupe de contrôle des Nations unies a publié un rapport peu élogieux de l’activité des Kenyan Defence Forces  (KDF) dans ce pays. A nouveau, la corruption. A savoir si un rapport transforme une opinion générale…

_______
* La crise au Burundi n’a pas encore éclaté au moment de l’enquête (septembre-octobre 2014) dans ce pays.

 

Sur le bureau

Extrémisme violent en Afrique, Le rapport complet de Afrobarometer (36 pages). Afrobarometer est, en fait, un réseau de chercheurs et universitaires travaillant en Afrique ou sur l’Afrique. Ce rapport est la 6ème enquête d’opinion menée depuis la création de ce collectif en… 1999.

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