Afrique de l’Est : le choix des routes du pétrole

Les 3 projets de tracé d'oléoducs qui étaient en compétition

Les 3 projets de tracé d’oléoducs qui étaient en compétition.

Il y a du pétrole en Afrique de l’Est. Le Soudan du Sud l’exploite déjà. L’Ouganda attend le « top » départ qui sera donné par la remontée des prix du baril. Le Kenya, plus modeste, attendra. Le Somaliland et le Puntland doivent régler leurs problèmes de délimitation de frontières avant toute opération. Et la Tanzanie, pour l’instant, ne dispose que de gisements de gaz conséquents.

En attendant le jour où tout rentrera dans l’ordre, l’Ouganda et la Tanzanie ont conclu leur affaire pour acheminer le pétrole du lac Albert jusqu’au port de Tanga le 22 avril 2016.

Cet accord a certes déplu au président kényan Uhuru Kenyatta, qui comptait, avec son projet de Lapsset (Lamu Port Southern Sudan Ethiopia Transport) récupérer le client ougandais. Il était même prêt à offrir un second projet plus sécuritaire, taillé en urgence, après la recrudescence des attaques des shebabs somaliens sur le territoire kényan et … l’annonce des négociations entre Ouganda et Tanzanie en octobre 2015.

Le Lapsset, comme son nom l’indique, était un projet commun avec l’Ethiopie et le Soudan du Sud avant que celui-ci n’implose dans une nouvelle guerre civile en décembre 2013.Carte du projet des infrastructures de transport Lapsset

La jeune république, prise à la gorge par son voisin du Nord, qui lui impose des taxes faramineuses sur le transport de son or noir, espérait secouer le joug en lorgnant sur le projet du port kényan de Lamu. Les dirigeants sud-soudanais ont choisi de s’entretuer par populations interposées, mettant fin aux rêves d’indépendance.

Le Soudan fait aujourd’hui semblant de vouloir limiter sa gourmandise, et a proposé de revoir sa grille de tarifs, reportant, du même coup, aux calendes grecques l’idée d’une jonction Soudan du Sud avec un oléoduc kényan. Oléoduc qu’il faudrait, par ailleurs, garder 24h sur 24 pour éviter les sabotages des multiples bandes armées et terroristes qui écument la région.

L’option tanzanienne

Forte de son nouveau président John Magufuli, qui a montré quelques gages dans la lutte contre la corruption, la Tanzanie a su offrir les meilleurs tarifs et les meilleurs garanties au client ougandais.

Certes, le trajet de l’oléoduc est plus long de 400km que ceux du Kenya, mais la Tanzanie assure que les opérations d’indemnisation des terres sont beaucoup plus rapides chez elle que chez son voisin. Le Kenya a mis plus de deux ans pour obtenir des agréments sur le trajet du chemin de fer qui accompagnait le pipe-line. La faute à l’absence de cadastre dans ce pays.

Le terrain est moins tourmenté en Tanzanie que dans la traversée de la vallée du Rift au Kenya. Ce qui permet de penser que les travaux seront simplifiés et allégés.

Le port de Tanga, quoique modeste, est déjà opérationnel et ses aménagements seront plus vite réalisés là où celui de Lamu est à construire de toutes pièces pour des tankers. Le terminal de Lamu a déjà 2 ans de retard. Son budget a déjà été réévalué à la hausse.

Il n’y a pas de petites économies : un baril de pétrole ougandais sur le parcours Hoima-Nakuru-Mombasa  devait être taxé 11,79 dollars par les Kényans contre 11,19 dollars par les Tanzaniens sur le trajet Hoima-Tanga.

Les écologistes tanzaniens sont satisfaits : l’oléoduc évite le parc du Serengeti et ne plonge pas dans le lac Victoria. En revanche, il passe dans une réserve de chasse. Mais qui s’en soucie ?

Le projet Ouganda-Kenya passait par des forêts protégées et des parcs nationaux.

Les compagnies pétrolières décident

Prospection de pétrole en OugandaC’est la filiale ougandaise de la compagnie française Total qui a emporté le morceau en s’engageant à financer à hauteur de 4 milliards de dollars le pipeline qui, selon les estimations, nécessite 5,5 milliards. Les deux autres projets étaient moins coûteux, mais tant pis.

Il faut dire que les réserves pétrolières actuellement exploitables du bassin du lac Albert se montent à 2,2 milliards de baril (sur un total de 6,5 milliards). Celles du lac Turkana au Kenya ne représentent aujourd’hui que 600 millions de barils. Tant que le Soudan du Sud ne retrouvera pas de stabilité, le Kenya devra se débrouiller seul avec son projet d’oléoduc et poursuivre ses explorations.

Situés dans des zones conflictuelles, les champs pétroliers sud-soudanais dont Total détient les permis d’exploration depuis des décennies ne sont pas prêts d’être exploités.

Les autres sociétés qui détiennent des licences d’exploitation en Afrique de l’Est, en dehors du Puntland et Somaliland, sont Tullow Oil (Royaume-Uni), Africa Oil Corporation (Canada),  Maersk Oil (Danemark) et Chinese National Offshore Oil Corporation (Chine).

La première dispose de permis au Kenya et en Ouganda, mais favorisait la solution kényane. Bien qu’elle ne soit implantée qu’en Ouganda, CNOOC était aussi en faveur de la solution kényane. Le port de Lamu étant construit par une société chinoise, cette position prenait des couleurs diplomatico-commerciales.

Les deux sociétés se sont déclarées satisfaites de la rapidité de décision des chefs d’Etat. En revanche, Maersk, qui est aussi partenaire d’Africa Oil au Kenya et en Ethiopie, devait décider de nouveaux investissements liés au choix du tracé. Mais l’un dans l’autre, le Kenya entrant en zone de turbulence électorale, le choix du tracé tanzanien n’est pas plus mal pour les investisseurs.

Sur le bureau

A good deal better? – Uganda secret oil contracts explained. Rapport de l’organisation non gouvernementale Global Witness. 2012. Les contrats avec les compagnies pétrolières étudiés à la loupe.

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