Soudan du Sud: à Malakal, des violences peu spontanées contre les déplacés

Carte du camp de protection des civils à Malakal

Source : OIM.

20 mai 2016. Dernières actualités sur l’attaque du camp des déplacés de Malakal. Le comité d’enquête, nommé par le président Salva Kiir, dénonce, dans un rapport de 20 pages,  l’inaction des casques bleus, qui, selon le document, étaient informés d’une attaque imminent, et réclame des sanctions contre les responsables. Le comité demande également à ce que la Mission des Nations unies au Soudan du Sud organise le transfert des déplacés dans leurs régions d’origine.

 

Le texte qui suit est extrait du rapport A Refuge in Flames – The February 17-18 violence in Malakal PoC (Le refuge en flammes – Les affrontements des 17 et 18 février au camp de protection des civils de Malakal), publié fin avril par le Center for civilians in conflict, basé aux Etats-Unis.

Les enquêteurs ont interrogé plus de 90 personnes, dont 47 déplacés et 21 agents des Nations unies, à Malakal et Juba courant mars 2016 pour retracer le déroulé des événements qui ont causé la mort de 30 personnes et détruit un tiers du camp de déplacés de la capitale de l’ancien Etat du Haut-Nil.

Le camp de protection des civils déplacés, géré par la Mission des Nations unies pour le Soudan du Sud (Minuss) avait la particularité d’héberger 47 000 déplacés dans lequel les trois principales ethnies du Soudan du Sud, ndinka, nuer et shilluk, étaient forcés de cohabiter dans un conflit fortement ethnicisé* depuis décembre 2013.

Selon les organisations humanitaires, le camp était surchargé et les conditions d’hygiène s’étaient considérablement dégradées depuis août 2015.

Chronologie des faits

Le 16 février 2016, des échauffourées ont éclaté entre membres des communautés shilluk et ndinka, à l’intérieur du camp.

Dans la nuit du 17 février 2016, vers 22h30, des affrontements plus sérieux mettent aux prises Nuers et Ndinkas, dans le secteur 2 (voir carte). Les Nuers sont rejoints par les Shilluks. On sort des armes à feu et des grenades. La population des secteurs 2 et 3 fuient vers le sud du camp dans le secteur 1. Les troupes de la Minuss interviennent après minuit et, à 3h du matin, le 18 février, le calme revient.

Au lever du jour, des déplacés ndinka se fraient un passage à travers les grillages, à l’est du camp, près du bloc P, dans le secteur 2, et s’enfuient vers la ville de Malakal. Depuis les incidents de la veille, des hommes portant l’uniforme de l’armée du Soudan du Sud** rôdaient dans les environs du camp. Ces derniers empruntent la brèche créée par les déplacés et pénètrent dans le camp. Les soldats et les déplacés ndinka font cause commune. Les communautés nuer et shilluk sont délibérément ciblées.

A 14h00, un tiers du camp a déjà brûlé.

Les incendies des tentes et abris se sont arrêtés à quelques mètres du bloc Y, occupé par les Darfouri, et le secteur ndinka a totalement été préservé.

Ce n’est que vers 16h ce 18 février, que les troupes de la Muniss interviennent. Un retard de décision que le rapport tente d’expliquer par la multitude des facteurs qui ont joué dans ces affrontements qui opposent des civils, puis l’armée régulière aidée de civils et d’autres civils. Pour autant, les enquêteurs n’absolvent pas les casques bleus. Au contraire, ils soulignent une forte réticence à intervenir sur le terrain au moment des faits qu’ils relient diplomatiquement à un manque de formation sur l’application des règles de protection de civils des Nations unies.

Les responsables de la Minuss à Juba ne sont pas épargnés. Le rapport indique que la première réunion du bureau de gestion de crise a eu lieu le 18 février à 15h00.

Le bilan de ces violences s’établit à 30 morts et 120 blessés.

L’expulsion programmée des communautés nuer et shilluk

Cependant, le document ne s’arrête pas seulement à cet incident qui a un peu plus miné la confiance des Soudanais du Sud dans la mission des Nations unies. Il rappelle que la décision de créer 28 Etats par le président Salva Mayardit Kiir a considérablement augmenté les tensions ethniques dans le Haut-Nil. Et donc, implicitement, que les violences pourraient participer d’une opération beaucoup plus large et organisée plus haut.

Dans la nouvelle configuration administrative, l’Etat du Haut-Nil est divisé en 3 : Latjor, Nil occidental et Nil oriental. Ce dernier Etat s’immisce dans une fine bande de terre et coupe le Nil occidental en deux jusqu’à la frontière avec le Soudan.

Soudan du Sud - les 28 nouveaux Etats

 

Le nouveau gouverneur du Nil oriental, le général Chol Thon, appointé par le président en décembre 2015, a clairement notifié que des fonctionnaires seraient transférés dans les autres Etats. Un discours qui vise à justifier la mutation des Shilluks et Nuers de son administration.

Par la suite, l’assistance alimentaire aux communautés nuer et shilluk qui résident au Nil oriental, a été suspendue, à plusieurs reprises.

Des populations de l’ethnie ndinka ont été relogées dans les territoires communautaires traditionnellement nuer et shilluk.

_______

*Le président Salva Kiir, qui a prolongé son mandat du fait de la guerre, est d’origine ndinka. Son opposant, et ex vice-président Riek Machar Teny-Dhurgon est nuer. Une polémique a entouré les premières semaines de la guerre civile : les Soudanais du Sud, au pays et dans la diaspora, ont fortement rejeté la couleur « ethnique » du conflit que les journalistes internationaux ont largement utilisé pour qualifier les événements. Pour les nationaux, il s’agissait d’une rivalité personnelle entre les deux hommes. Selon cette grille de lecture, les tueries et les massacres qui ont suivi, visaient des « partisans » de l’un ou l’autre. Mais aujourd’hui, la nouvelle carte administrative, imposée unilatéralement par Salva Kiir, a renforcé les territoires… ethniques.

**L’enquête révèle qu’il s’agit de soldats de la SPLA (Armée de libération du peuple soudanais) et de miliciens padang ndinka (un sous-groupe ndinka), venus avec des véhicules militaires et des armes lourdes.

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