Les 28 Etats de Salva Kiir

Soudan du Sud - les 28 nouveaux Etats

 

L’ancien ministre Luka Biong Deng, directeur du centre d’études pour la paix et le développement, professeur à l’Université de Juba, et ancien ministre du cabinet de Salva Kirr, a été démis de ses fonctions d’enseignement. Sa faute ? Avoir organisé un débat autour de la constitutionnalité et la légalité du décret présidentiel du  2 octobre 2015. Ce décret porte sur la création de 28 Etats au Soudan du Sud.

Chahuté lors des débats, Ambrose Riing Thiik, le président du conseil des elders Nkinka (JIENG) s’est résolu à quitter la salle de conférence. Cet ancien président de la Cour suprême a aussitôt réclamé la destitution de Luka Biong.

Le président ne badine pas avec ce décret. De la même façon, l’an passé, lorsqu’il interdisait toute mention de « fédéralisme » aux journalistes et universitaires, n’hésitant pas à confisquer les journaux ou à procéder à des arrestations. A cette époque, c’était une proposition de réforme du Mouvement pour la libération du peuple soudanais-dans l’opposition (SPLM-IO). Les rebelles proposaient de créer de nouveaux Etats pour mieux répondre aux besoins de la population.

Soudan du Sud - les 10 Etats

Les 10 Etats du Soudan.

La création de ces 28 Etats -un projet, selon Salva Kiir, qui traînait dans les couloirs du Parlement depuis 2012- est soudain devenue une urgence.

J’ai engagé une large consultation pour bien comprendre les implications de l’accord, analyser la situation, et nous accorder pour avancer dans le meilleur intérêt du Soudan du Sud. Le 26 août, après avoir complété mes consultations, et m’être assuré que les questions étaient clarifiées pour le gouvernement et les dirigeants politiques, j’ai signé avec des réserves.

Salva Kiir, 26 août 2015

 

Le chef de l’Etat s’est en fait senti bafoué lorsqu’il a dû signer l’accord de paix avec son rival, Riek Machar du Mouvement pour la libération du peuple soudanais-dans l’opposition (SPLM-IO), le 26 août dernier.

Parce que les Nations unies brandissaient de possibles sanctions s’il repoussait encore les délais* que les médiateurs régionaux de l’Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement) avaient imposés, le président n’a cessé depuis ce jour de dénoncer les termes de l’ACRISS (Accord sur la résolution du conflit au Soudan du Sud) qui «mine la souveraineté nationale». Parce que la capitale Juba doit être démilitarisée, et que l’armée sud-soudanaise remplacée par des soldats d’interposition de l’Igad. Parce que c’est un étranger** qui dirige la Commission mixte de contrôle et d’évaluation [du cessez-le-feu].

Boudeur, Salva Kiir a préféré dépêcher son vice-président pour représenter le Soudan du Sud lors de l’Assemblée générale des Nations unies à la mi-septembre. Parce que comme, a tenu à préciser le ministre de l’Information, «le président a été traité comme un écolier» et n’aurait pas reçu l’invitation à New York à temps.

Il lui fallait un nouvel éclat pour montrer qu’il était encore le chef de l’Etat du Soudan du Sud.

Les 21 Etats proposés par le SPLM-IO

Les 21 Etats proposés par le SPLM-IO. Document du SPLM-IO.

Peu importe que cette décision unilatérale soit contraire à l’esprit des accords de paix. Peu importe que durant la négociation le SPLM-IO ait été contraint de retirer sa propre proposition de créer 21 Etats face à l’opposition du gouvernement de Salva Kiir. Peu importe la Constitution intérimaire qui stipule que les gouverneurs des Etats, les députés des assemblées locales doivent être élus. Le président les désignera «en accord avec les elders des communautés».

L’opposition politique a présenté un recours contre le décret présidentiel contestant sa constitutionnalité auprès de la Cour suprême. Cette dernière l’a aussitôt rejeté.

Tous les autres participants aux négociations, dont l’Igad, ont demandé à Salva Kiir de suspendre sa décision.

Les juristes sont en train de plancher sur les termes des amendements constitutionnels. Et certains sont déjà en train de planifier la répartition des budgets et des biens entre les nouveaux Etats.

Des élections générales, dont la présidentielle, devaient avoir lieu au premier semestre de cette année, mais en raison du conflit, elles ont été repoussées à 2017.

 

* Le texte de l’accord était prêt le 17 août. Salva Kiir a demandé un délai pour consulter « sa base » car des dispositions auraient été rajoutées ou retirées par rapport aux propositions précédentes.

** Celui-ci a été nommé entre-temps. Il s’agit de l’ancien président botswanais (1998-2008), Festus Gontebanye Mogae.

 

Sur le bureau

Le texte de l’ACRISS, signé le 26 août 2015 (en anglais).
IGAD Agreement on the Resolution of the Conflict in South Sudan 17 August 2015

 

 

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