Un emploi à risques pour les nationaux: humanitaire

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Le 5 juillet 2015, l’hôpital du comté de Kodok, dans l’Etat du Haut-Nil, géré par le  Comité international de la Croix-Rouge a été attaqué. Le personnel a dû fuir après avoir essuyé des tirs. Onze patients sur les 40 qui occupaient l’hôpital sont décédés, faute de soins. Les 8 médecins et infirmier-e-s ont été temporairement rapatriés à Juba.

Le Soudan du Sud est parmi l’un des pays les plus dangereux pour les employés des organisations humanitaires, après l’Afghanistan et la Syrie, et juste avant le Pakistan et le Soudan*.

Depuis 1990, les agences de coopération collectent les données globales sur les incidents dont ont été victimes de façon directe ou indirecte, les employés de l’aide humanitaire. Elles identifient les personnes et les circonstances de ces incidents  afin d’affiner les mesures à prendre en termes de précaution, de protection, et de stratégie, lors des crises.

Le centre de recherche et de réflexion de l’Université d’Harvard (Harvard Humanitarian Initiative) a publié ce mois de juillet 2015, un document intitulé Humanitarians under attack: tensions, disparities and legal gaps in protection.

Fort de statistiques et de nombreuses références académiques, Julia Brooks, auteure du rapport de 17 pages, met d’abord en relief les disparités qui existent entre personnel international et local avant de proposer des modes opératoires pour renforcer la sécurité des organisations.

Les « nationaux » sont les premières victimes des attaques

Les organisations non gouvernementales locales et les représentations nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge comptent le plus grand nombre de victimes: 43% du nombre total des incidents en 2013, 28% pour les organisations internationales, et 24% pour les agences des Nations unies.

Ces violences peuvent prendre plusieurs formes: agression directe individuelle, « dommages collatéraux lors d’affrontements », embuscades, émeutes.

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La différence entre les statistiques s’explique de plusieurs façons :

  • les employés nationaux sont plus souvent envoyés sur le terrain avec la présomption qu’ils connaissent le contexte du pays et qu’ils ont des relations sociales qui les « protègent »
  • le nombre d’expatriés dans les organisations d’aide humanitaire reste faible. Selon les statistiques produites par l’organisme de coopération des Etats-Unis, US Aid, il n’y aurait que 8% de personnel international sur le terrain.
  • les consignes de sécurité sont plus strictes pour le personnel international
  • le personnel international lié ou affilié aux Nations unies et aux sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dispose de lois spécifiques internationales de protection**

Le rapport plaide pour la mise en place d’une protection juridique plus efficace pour les employés nationaux qui n’ont aujourd’hui que le code pénal pour se défendre. Dans ce cadre, les auteurs des violences restent la plupart du temps impunis. A quand un statut particulier d’employé humanitaire dans les pays ?

 Se faire accepter ou se faire craindre ?

Dans la seconde partie de son rapport, Julia Brooks détaille les mesures prises par certaines organisations pour se protéger: certaines choisissent de prendre le temps de se faire accepter par les communautés et les forces en présence et de développer une forme de confiance pendant que d’autres optent pour travailler dans des conditions de sécurité maximum, bunkérisant leurs installations, et ne se déplaçant que sous escorte armée***.

Avant de proposer des pistes de travail, l’auteure de Humanitarians under attack: tensions, disparities and legal gaps in protection soupèse ces deux options de l’aide humanitaire, à la force des expériences passées. Et rien ne semble acquis à ses yeux.

_____________

* classement sur 30 pays où oeuvrent les organisations humanitaires. A noter que la Somalie ne fait plus partie du peloton de tête pour le nombre de victimes.

** l’auteur du rapport souligne que les incidents ne sont pas suffisamment documentés pour permettre de saisir si les lois internationales de protection sur les employés des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont efficaces alors que celles-ci sont comptabilisées parmi les « premières victimes des violences ».

*** 107  sur 251 des incidents recensés et identifiés en 2013 concernent des attaques lors des déplacements du personnel.

 

Relire sur ce blog :

Sauver des vies, en détruire d’autres

Carte interactive et webdocumentaire , créés par l’agence de presse IRIN sur 15 ans d’agressions contre les employés des organisations humanitaires.

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