18 mai 2015, le Somaliland a 24 ans

Vue d'Hargeisa

Hargeisa, Somaliland. (CC) Wikipedia.

Il y a 24 ans, le Somaliland tournait le dos à la Somalie et à ses chefs de guerre de Mogadiscio, et décidait de prendre en mains son destin. Depuis le 18 mai 1991, aucun gouvernement au monde n’a reconnu le Somaliland, pays fantôme, tenu à distance par les lois de la diplomatie internationale.

Aujourd’hui, les autorités basent leur argumentaire pour la reconnaissance de l’Etat, sur l’existence préalable du Somaliland, avant la création de la République de Somalie. Un argument qui entrait dans les revendications de l’Erythrée* vis-à-vis de l’Ethiopie, et renforcé par la sécession du Soudan du Sud en 2011.

Tout comme le Soudan du Sud, le Somaliland a été administré par les Britanniques. Le premier faisait partie d’un condominium anglo-égyptien depuis 1899. Le second était sous protectorat britannique, depuis 1887. La Somalie était, elle, sous protectorat italien de 1889 à 1908, avant d’être une colonie, puis de se fondre dans l’Afrique orientale italienne.

Le Somaliland a été indépendant 4 jours. Le 1er juillet 1960, il s’allie à la Somalie. Mais selon les autorités de Hargeisa, l’acte concrétisé en 1961 par la législature somalienne l’est dans des « circonstances sujettes à caution ».

Une autre légitimité que revendiquent les autorités: leur capacité d’avoir pu construire un pays vivant dans une paix, certes relative, mais sans rapport avec l’instabilité de la Somalie.

Certes, Il y a encore de la route à parcourir pour que le Somaliland soit une démocratie. Le pays s’est doté d’une Constitution en 2001. Des élections présidentielles ont eu lieu en 2003 et 2010. La prochaine, qui aurait dû se dérouler le 26 juin 2015, a été reportée d’un an. Les tensions restent toujours très vives entre l’opposition et le gouvernement.

Il n’y a que trois partis autorisés qui, avant toute élection, doivent se mettre d’accord sur une charte du partage du pouvoir exécutif.

La presse est officiellement libre mais les journalistes sont régulièrement harcelés ou arrêtés. Les journaux -tous édités à Hargeisa- confisqués et les stations de radio ou de télévision temporairement fermées.

Vue aérienne de Hargeisa, en août 1991

Vue aérienne de Hargeisa, en août 1991. (CC) MU

Le pays a connu des crises violentes entre 1992 et 1996, et une tentative de coup d’Etat « légal », par le président Hassan Dahir Riyale Kahin en mal de mandat en 2009.
Comme son voisin du sud, le Somaliland a à craindre des shebabs.

Retour sur images

Exemplaires des mines et explosifs, retrouvés à Hargeisa, en 1991

Exemplaires des mines et explosifs, retrouvés à Hargeisa, en 1991. (CC) MU

En décembre 1991, quelques mois après l’indépendance, les visiteurs occidentaux étaient accueillis à grandes exclamations joyeuses et fières de «Somaliland !  Somaliland !». Alors que Mogadiscio en proie à sa nième confrontation entre les milices du général Aidid et le « président » Ali Mahdi, interdisait tout déplacement à pied, et tout juste en voiture sous bonne escorte, Hargeisa s’offrait aux promenades et aux courses au marché de légumes.

La ville n’était que ruines. Les maisons détruites par les bombardements. Les portes, volets et toits jusqu’au plus petit boulon avaient été volés. Hargeisa vivait cependant au rythme d’explosions qui sonnaient comme autant de rappels à la prudence. Les mines, déposées par l’armée de Siad Barré autour des bâtiments administratifs, des anciennes usines, ou des endroits stratégiques contraignaient les piétons à marcher sur la pointe des pieds, dans des sentiers imaginaires, le nez sur les mollets de son prédécesseur tout au long de la journée. Un fracas à distance amenait aux lèvres un murmure en forme de souhait : «c’est une chèvre qui aura marché sur une mine». Il y avait 6 à 7 explosions par jour. Un chiffre nettement en baisse par rapport aux mois précédents. Et les anciens des forces spéciales britanniques, reconvertis dans des sociétés spécialisées, formaient à tour de bras des démineurs locaux.

Dans l’atelier de l’organisation Handicap International, les anciens charpentiers et ébénistes apprenaient à confectionner des prothèses et des béquilles pour les victimes des mines.

Dans les ateliers de Handicap International, à Hargeisa, décembre 1991, les employés mettent au point les prothèses. A l'époque, le rythme des explosions de mines était tombé à 7 par jour.

Dans les ateliers de Handicap International, à Hargeisa, décembre 1991, les employés mettent au point les prothèses. A l’époque, le rythme des explosions de mines était tombé à 7 par jour. (CC) MU

 

 

 

 

 

 

 

 

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*Avant la conquête occidentale, l’Erythrée est en partie sous influence des royaumes éthiopiens, mais est aussi profondément liée à l’empire ottoman. En 1936, l’Erythrée, avec l’Ethiopie et la Somalie, fait partie de l’Afrique orientale italienne. En 1941, après la défaite des troupes italiennes, l’Erythrée est administrée par le Royaume-Uni. Puis, en 1952, l’Assemblée générale des Nations unies vote la Loi fédérale qui préconise une fédération de deux Etats. La Constitution est ratifiée par l’empereur Haïlé Selassié et le gouvernement d’Asmara. Dix ans plus tard, Haïlé Sélassié annexe l’Erythrée. Elle ne redevient indépendante que le 28 mai 1993.

 

Sur le bureau

Daring Somalia, reportage (en anglais) de la télévision kényane, KTN, sur les Kenyans qui ont ouvert des entreprises au Somaliland. 24 avril 2015.

Images des cérémonies de l’indépendance du Somaliland (26 juin 1960).

Brève histoire de la Somalie et du Somaliland.

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