La Somalie, n°1 mondial des exportateurs de bétail

SOMALIE : les exportations de bétail - Points de repères - SOMALIE

D’après une infographie de la FAO.

Le 29 avril 2015, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publiait cette infographie pour célébrer les succès de la filière de l’élevage en Somalie :

«En 2014, la Somalie a exporté 5 millions de têtes de bétail vers les marchés du Golfe arabique, un volume record rendu possible grâce à des investissements lourds dans la prévention des maladies animales avec le soutien de l’Union européenne et du Royaume-Uni».

Une amélioration de l’état de santé des animaux a sans aucun doute encouragé l’Arabie saoudite et les émirats à se fournir auprès de la Somalie, un marché que ces Etats ont toujours privilégié. Plusieurs fois dans le passé, le commerce de bétail a subi des embargos pour cause de maladies.
Une meilleure gestion du port de Berbera* a apporté également sa touche.

L’élevage du bétail, planche de salut de l’économie somalienne

Oh mon bien-aimé dromadaire
Je voudrais
De grains de café parfumés te nourrir
De blanc tissu sur la tête, t’orner
A une belle femelle je t’accouplerai
Un bélier gras, je tuerai pour toi

Dans un pays où les terres cultivées de façon permanente, représentent aujourd’hui à peine plus que la superficie de la ville de Hong Kong, l’élevage reste la planche de salut de l’économie somalienne.
L’activité est profondément ancrée dans l’histoire du pays, et présente dans les contes, poèmes et chansons somaliennes.

Un climat aride et sec comme il règne en Somalie ne permet pas de développer des cultures.

Un climat aride et sec comme il règne en Somalie ne permet pas de développer des cultures. Le bétail est la ressource principale de la population

 

Le commerce avec les pays du Golfe s’est construit avant l’indépendance de la Somalie alors que le pays était encore divisé: le protectorat britannique du Somaliland, au nord, et le territoire de la Somalie mis sous tutelle par les Nations unies et confié à l’Italie, au sud.

Tout comme aujourd’hui, Berbera (Somaliland) était le port de transit du bétail par excellence. Construit par les Soviétiques et réaménagé par les Américains après les changements d’alliance de la guerre de l’Ogaden.
Bossasso, (selon une tradition orale, il s’agirait du nom du dromadaire préféré du fondateur de la ville au XIVe siècle) assurait la voie de sortie côté somalien, mais dans une moindre importance.

Mogadiscio, et surtout Kismayo au sud, livraient leurs contingents soit au Kenya voisin, soit aux pays du Golfe.

Dans les années 50, l’Arabie saoudite devient le principal client de la Somalie grâce à l’argent de sa toute nouvelle industrie pétrolière.

Le protectorat britannique a appris à mieux organiser ses filières et entreprend des aménagements (retenues d’eau, citernes) pour favoriser l’élevage. Grâce à l’irrigation, les éleveurs réduisent les nombres et les durées des transhumances. De nouveaux hameaux naissent dans les zones autrefois « sèches ».

De l’autre côté de la frontière, Bossasso ne bénéficie pas de ces améliorations. Les échanges commerciaux relèvent plus du trafic informel, en particulier avec le Yémen. On y échange le bétail, l’encens et la myrrhe contre des biens de consommation courante.

Les nomades (65-70% de la population somalienne) restent réticents à des installations qui modifieraient leurs routes et les relations entre les clans. En effet, tout doit être « dosé » en raison de l’ancrage clanique et géographique. Il y a une hiérarchie à respecter dans l’accès aux points d’eau et aux pâturages. Dans ce pays sec et aride, l’eau, c’est de l’or.

En 1976, la Somalie, devenue socialiste, affiche ses exportations: 5,5 millions de dromadaires, 26 millions d’ovins, 26 millions de caprins et 3,7 millions de bovins.

Le général Siad Barré, qui a pris le pouvoir en 1969, ne se trompe pas lorsqu’il engage des opérations de répression: ce sont les puits et les ressources en eau d’un territoire clanique qui sont détruits quand un clan se soulève contre lui.

De la même façon, le chef de l’Etat brime les exportateurs soit en retirant les permis soit en leur interdisant de garder des devises étrangères pour le paiement des biens importés. Les Majerteens (Nord-Est et Centre de la Somalie), puis les commerçants isaaq (Nord-Ouest) sont ainsi ciblés au cours des années 80. En 1982, toutes les marchandises qui arrivent à Berbera sont confisquées par les autorités de Mogadiscio. Les exportateurs sont alors contraints d’utiliser des filières clandestines. Des officiers tentent un coup de force en 1988 contre le dictateur. Mais la révolte, sera violemment réprimée et les Isaaqs massacrés.

Avant de fuir la Somalie, en janvier 1991, le dictateur aura encore le temps de faire miner les réservoirs d’eau pour le bétail de ses ennemis du nord.

 

Les migrations de bétail dans la vallée de la Grande Jubba. Il coexiste plusieurs types de migrations. Un trajet avec une flèche blanche et une flèche noire aux extrémités indique un aller-retour saisonnier. Un trait discontinu indique une migration intermédiaire entre saison des pluies et saison sèche. Un trait continu avec une flèche blanche à l'extrémité indique une migration de dromadaire supplémentaire entre les deux saisons. Un trait continu avec une flèche noire à l'extrémité indique un trajet différent de la saison des pluies.

Les migrations de bétail dans la vallée de la Grande Jubba (1988). Il existe plusieurs types de migrations. Un trajet avec une flèche blanche et une flèche noire aux extrémités indique un aller-retour saisonnier. Un trait discontinu indique une migration intermédiaire entre saison des pluies et saison sèche. Un trait continu avec une flèche blanche à l’extrémité indique une migration de dromadaire supplémentaire entre les deux saisons. Un trait continu avec une flèche noire à l’extrémité indique un trajet différent de la saison des pluies.

 

Conflits claniques, guerre, et embargos

L’anthropoloque britannique Ioan M. Lewis l’affirmait dans son livre A pastoral democracy  :

Pour les Somaliens, les droits sur le bétail, l’accès aux pâtures et à l’eau, s’ils ne sont pas obtenus par force, peuvent seulement être défendus contre l’usurpation par les armes.

Certains clans, ou plutôt sous-clans, sont plus impliqués dans les cultures et d’autres dans l’élevage. Tout cela constitue un fragile équilibre maintenu à coups d’alliances qu’une série de mauvaises saisons de pluies peut renverser et faire dégénérer en conflits meurtriers.

Les exportations de bétail du sud de la Somalie ont été réduites à néant dans les années qui suivirent le renversement du dictateur Siad Barré (31 janvier 1991). La destruction des infrastructures, l’accaparement de terres, et les « taxes » exigées des commerçants par les miliciens et les chefs de guerre ont saigné à blanc les éleveurs.

Les succès remportés aujourd’hui doivent beaucoup à la filière du Somaliland, autoproclamé indépendant le 18 mai 1991. Il est parvenu à maintenir l’activité du port de Berbera tant bien que mal au cours des années 90, et ce en dépit de violences intérieures (1994-1995).

L’Arabie saoudite a plusieurs fois imposé un embargo sur le bétail somalien après avoir découvert des cas de peste. Le plus long de ces embargos, du à une épidémie de fièvre de la Vallée du Rift, s’étendra de 2000 à 2009 sur toute la Corne de l’Afrique. Un coup dur pour le secteur, également touché par les dispositions telles que la fermeture en novembre 2001 de l’une des principales sociétés somaliennes recevant des envois de fonds de l’étranger, et surtout des agences de transfert de fonds Hawala, en 2003.

L’Ethiopie, privée de débouché sur la mer Rouge par l’Erythrée, se reporte sur Djibouti, mais aussi sur Berbera. Ce qui donne un coup de fouet à l’aménagement du port.

En 2007, le premier exportateur de bétail, l’Australie se trouve incapable de fournir le Moyen-Orient.  C’est une opportunité pour le Soudan, la Somalie et l’Iran.

En 2014, l’Australie, reine de l’élevage des ovins, est dépassée par la Somalie pour l’exportation d’animaux vivants. Elle n’a exporté que 3,7 millions de têtes de bétail au cours de cette année.

______________

* Le groupe français Bolloré est en discussion depuis plusieurs années avec les autorités du Somaliland pour la gestion du port. Sans aboutir, pour l’instant.

Sur le bureau :

A Pastoral democracy. Ioan M. Lewis. International African Institute. 1961.

The Prophet’s Camel Bell. Memoir of Somaliland. (La cloche du dromadaire du prophète – Mémoires du Somaliland).  Margaret Laurence. L’écrivaine canadienne est la femme de l’ingénieur Jack Laurence qui fut le premier à construire des retenues d’eau dans l’ouest du Somaliland pour assurer l’approvisionnement des troupeaux entre 1951-1952.

Publicités
Étiquettes :

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s