Addis Abeba, capitale des négociations soudanaises

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Aujourd’hui, s’ouvre à Addis Abeba en Ethiopie, le  24ème Sommet de l’Union africaine sur le thème «Année de l’autonomisation des femmes et du développement de l’Afrique pour la concrétisation de l’agenda 2063».

Toutefois, les couloirs et les salles de l’Union africaine constitueront le décor de conciliabules et de tractations à propos des crises au Soudan et au Soudan du Sud.

En dépit des conflits internes, les deux gouvernements ont annoncé qu’ils maintiendraient leurs élections présidentielles respectives, en 2015.

Les négociations en cours

Addis Abeba est actuellement  la capitale de trois types de négociations concernant les crises soudanaises :

Les deux premières séries de rencontres ont pour médiateur le responsable du Groupe de haut niveau de l’Union africaine, Thabo Mbeki. Elles visent à résoudre les conflits entre le gouvernement de Khartoum, présidé par Omar el-Béchir et ses opposants, armés ou non.

 La réconciliation entre les Soudanais

Etat des négociations de paix du SPLM-N et KhartoumL’initiative des pourparlers est due au Mouvement de libération du peuple du Soudan-Nord (SPLM-N) qui réclamait l’ouverture de corridors humanitaires vers les populations du Nil bleu et du Sud-Kordofan après de violents combats au moment du référendum sur l’avenir de l’Etat du Sud-Soudan (2011). Il se déclare prêt à un cessez-le-feu pour faciliter cette aide.  Mais très rapidement, son leader, Yassir Aman exige que les négociations de paix avec le gouvernement de Khartoum incluent tous les conflits soudanais, notamment le Darfour, et préparent une large consultation de tous les partis politiques sur une réforme constitutionnelle.

Quand le Front révolutionnaire soudanais (SRF) émerge en novembre 2011, les discussions se poursuivent sous la bannière de cette nouvelle alliance. Les quatre responsables des mouvements qui le constituent, participent aux rencontres à Addis Abeba. Mais, Yasir Aman (SPLM-N) reste le chef de la délégation.

Khartoum ne veut discuter que de la situation du Sud-Kordofan et du Nil bleu, et exige le désarmement immédiat du SPLM-N en priorité absolue.

Les positions n’ont guère évolué depuis.

Thabo Mbeki encourage le dialogue «global» des Soudanais, mais en parallèle, se déroulent :

  • des réunions impliquant le gouvernement de Khartoum et le Front révolutionnaire soudanais, et
  • des concertations avec les groupes armés du Darfour et les partis politiques de l’opposition à Khartoum.

La première mission du Groupe de haut niveau de l’Union africaine dont Thabo Mbeki est aujourd’hui le responsable, a été l’enquête sur les crimes commis au Darfour. Il est donc au coeur du problème.

Pour consolider ses revendications, Yassir Aman a adopté une stratégie de ralliement : le premier acte a été de rassembler trois groupes armés du Darfour au sein du Front révolutionnaire soudanais.

Le 8 août 2014, à Paris, le Front révolutionnaire soudanais a signé un pacte («Sudan call» appel au Soudan)-même si son contenu est plus une déclaration de principe qu’un engagement- avec le parti national Oumma. Les Forces de consensus national (NCF) qui rassemble 19 partis politiques d’opposition, et la Confédération de la société civile soudanaise les rejoignent définitivement en décembre.  Les deux leaders de ces mouvements, Farouk Abou Issa (81 ans) et Amin Makki Madani (75 ans) ont été arrêtés à Khartoum  pour «crimes contre l’Etat» et «atteintes à l’ordre constitutionnel».

Pressé par l’échéance du Sommet de l’Union africaine, Omar el-Béchir a annoncé ce 21 janvier 2015 que les charges seraient abandonnées contre eux. La déclaration n’a pas été suivie d’une libération.

Sadiq-el-Mahdi s’est réfugié en Egypte,  sitôt après la signature du texte du Sudan call.

Yassir Aman poursuit son idée d’imposer à Khartoum une consultation élargie.

Khartoum est, de son côté, empêtré dans un dialogue national qui a perdu le peu de crédibilité qu’il avait déjà, mais il ne veut  toujours entendre parler que du Sud-Kordofan et du Nil bleu.

L’élection présidentielle est prévue pour le mois d‘avril 2015.

La réconciliation entre les Soudanais du Sud

La troisième série de négociations, qui a débuté le 31 décembre 2013, à Addis Abeba se déroule sous la supervision de l’Ethiopien, Sayoum Mesfin, le médiateur en titre de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad). Elles ont pour but de trouver une solution politique au conflit qui oppose le président Salva Kiir à l’ex-vice-président Riek Machar, entré en dissidence armée après les massacres de 2013.

Chronologie des négociations entre Soudanais du Sud.

Chronlogie des négociations entre Soudanais du Sud. Sources : Small Arms Survey, Sudan Tribune, Minuad,

 

Au bout d’une année, le bilan des rencontres est maigre.

Le médiateur de l’Igad a du mal à imposer son agenda. Ses interventions orageuses, à coup d’ultimatum -jamais tenu-, l’ont placé au centre de vives polémiques. Les sommets extraordinaires des chefs d’Etat membre de l’Igad n’ont pas eu les effets escomptés sur les deux chefs rivaux.

Le Mouvement de libération du peuple soudanais-dans l’opposition (SPLM-IO) constitué après la rupture de décembre 2013, réclame le retrait des troupes ougandaises du sol du Soudan du Sud (en principe, des forces de l’Igad devaient prendre le relais), et conteste la représentativité des délégations de la société civile aux pourparlers de paix, car il les juge partiales.

Les deux chefs, Salva Kiir et Riek Machar sont d’accord sur le principe d’un gouvernement intérimaire et d’une réforme constitutionnelle. En revanche, ils s’affrontent depuis le mois d’août 2014 sur l’organisation et la répartition du pouvoir : régime fédéraliste* et création d’un poste de premier ministre. Des commissions (justice et réconciliation, sécurité, économie, amendements constitutionnels) ont été créées.

Après la réunion de novembre 2014, les deux mouvements ont été renvoyés pour consulter leurs bases sur ces sujets. Le SPLM a tenu ses débats à Juba le 24 novembre, et le SPLM-IO a convoqué ses supporters le 8 décembre dans un bourg près de la frontière éthiopienne, à Pagak.

Mais, la réunion des commissions en décembre à Addis Abeba n’a rien apporté de concret.

Alors que tous les experts s’accordaient initialement à ce qu’aucun des deux chefs rivaux ne participent à ce gouvernement de transition, force est de constater qu’aujourd’hui, ils n’ont pas trouvé une troisième personnalité capable d’assumer cette gouvernance.

En dehors des négociations à Addis Abeba, des rencontres inter-SPLM ont été organisées à Arusha, en Tanzanie. La Chine et le Soudan sont aussi très actifs auprès du SPLM-IO.

Les positions actuelles sont :

Les positions des deux parties sur la répartition du pouvoir
En dépit d’un cessez-le-feu signé le 23 janvier 2014, les affrontements se sont poursuivis tout le long de l’année entre les deux parties rivales provoquant les déplacements de 2 millions de personnes, précarisant la situation de 2 millions d’autres , et ravivant les conflits inter-ethniques et inter-claniques.

Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a annoncé des élections entre mai et juillet 2015. (Précision : le 12 février 2015, le conseil des ministres a décidé de repousser les élections à 2017 et  donc d’allonger le mandat du président actuel).

______________

* jusqu’en août 2014, les autorités de Juba ont censuré tous les débats qui pouvaient évoquer le fédéralisme. Jusqu’à son indépendance, le Sud-Soudan faisait partie d’une confédération d’Etats. Selon la Constitution intérimaire appliquée en 2011, le Soudan du Sud est une fédération de 10 Etats, mais c’est le président Salva Kiir qui lui a retiré de sa substance, au cours des cinq années de son mandat, notamment en démettant les gouverneurs élus. Aujourd’hui, le SPLM-IO veut créer 21 Etats.

Inspiré, Omar el-Béchir veut réformer la constitution en supprimant l’élection des gouverneurs des Etats du Soudan, et les désigner lui-même.

Sur le bureau

Thabo Mbeki : «Les relations entre l’Afrique et les ex-colonisateurs sont illégales !»  Assanatou Baldé. 5 décembre 2012.

The Mbeki Panel Report: One year on. 29 octobre 2010. Human Rights Watch.

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