L’agenda de Khartoum pour le Sud-Kordofan

Kadugli, la capitale du Sud-Kordofan, sur une carte routière.

Kadugli, la capitale du Sud-Kordofan, sur une carte routière.

Le Sud-Kordofan est l’un des Etats, avec le Nil Bleu, et le territoire d’Abyei*, qui, selon l’accord de paix de 2005, aurait dû pouvoir choisir son appartenance au Nord ou au Sud avant que les Sudistes ne soient consultés sur la question de l’indépendance de leur territoire. Il n’a jamais pu le faire.

Le Mouvement pour la libération du peuple soudanais-Nord,se bat sur le terrain pour que puissent avoir lieu ces consultations. Une guérilla de bourgades plutôt que de villes.

En parallèle, le MPLS-N et les représentants du gouvernement de Khartoum se rencontrent régulièrement à Addis-Abeba, dans le cadre de l’Union africaine. Mais aucune des parties ne semblent vouloir faire de concessions.

La guérilla, ainsi que ses alliés du Darfour, le Mouvement pour la justice et l’égalité et deux factions de l’Armée de libération du Soudan, ont réussi en août 2014 à convaincre le parti national Oumma de Sadiq el-Mahdi de les rejoindre au moins sur un but formel: le règlement global des conflits soudanais.

Khartoum ne veut qu’une simple entente sur les problèmes des deux Etats, le Sud-Kordofan et le Nil Bleu.

Le rapprochement, même de façade, d’un opposant de l’envergure de Sadiq el-Mahdi, inquiète Omar el-Béchir. Celui-ci a ouvert une brèche dans le «dialogue national» qu’il avait engagé avec les partis politiques au début de l’année 2014.

Des états «sous cloche»

Le Sud-Kordofan est aussi l’Etat dont la population est désignée communément par le nom des montagnes qu’elle habite, les «Noubas», mais qui, dans la réalité, est constituée de plusieurs ethnies, de confession différente.

Cibles de la répression de Khartoum, victimes des Forces de défense populaires (supplétifs de l’armée) et de bombardements aériens, expulsés de leurs terres, les «Noubas», qui, dans le passé, avaient plutôt des velléités d’obtenir une large autonomie, s’étaient sensiblement rapprochés de la guérilla sudiste dans la dernière décennie du conflit (1983-2005).

Leur territoire -au centre de l’ancien Soudan- est resté longtemps proscrit à tout visiteur, et surtout à l’aide humanitaire. Un accord sur son accès, en 2004, a été le point de départ de la détente entre le Nord et le Sud.

Aujourd’hui, la région est à nouveau «sous cloche», et soumise à des attaques et des bombardements réguliers.

Comme par le passé, on ne peut s’y rendre que «clandestinement»**.

Le général-président Omar el-Béchir ne cache pas sa volonté d’en finir avec les populations locales et d’installer SES colons. Au cas où, le jour d’une consultation sur l’avenir de l’Etat, la balance soit plus lestée du côté de Khartoum.

Le tableau ci-après donne une petite idée de la stratégie mise en place: semer la terreur et affamer les «Noubas» pour qu’ils débarrassent «le plancher».

trois jours en novembre au Soudan et les attaques subies par les populations.

 

Et pour le Nil Bleu, qui n’a toujours pas pu organiser de consultation populaire sur son avenir….

Bilan des attaques des Forces armées soudanaises dan l'Etat du Nil Bleu

 

Une petite grille de lecture des dégâts causés par des bombardements de populations civiles s’impose. Elle nous est fournie par le consortium d’organisations humanitaires qui travaillent dans les deux régions.

Quand le bétail est tué, la perte affecte plusieurs foyers car les troupeaux de chèvres, de moutons et de vaches sont constitués d’animaux de différents propriétaires.

Pour chaque chèvre ou mouton abattu, un foyer moyen (6 personnes) perd la possibilité d’acheter un sac de 90 kilos de sorghum (ration d’un mois pour le foyer). Pour chaque vache, c’est une perte de 4 sacs.

La perte d’un âne: plus de moyen de transport pour les marchandises, pour l’eau et le bois. D’où surcroît de temps passé à ces tâches.

Lorsqu’une maison est détruite, tous les ustensiles domestiques sont détruits, et les occupants sont, de fait, sans domicile, démunis, … prêts à rejoindre les camps des Nations unies.

_____________

* Une consultation populaire était prévue au Sud-Kordofan et au Nil Bleu, et les habitants du territoire d’Abyei auraient dû pouvoir se prononcer par référendum. Cette disposition, si elle avait été appliquée, obligeait Khartoum à accorder une autonomie plus large aux deux premiers. Dans le cas de la troisième, elle se serait traduite de suite par un rattachement au Sud.

** Officiellement, le Sud-Kordofan est interdit aux organisations humanitaires, mais elles y sont actives. Les autorités de Khartoum le savent. Ce sont les ONGs qui, grâce à un réseau d’informateurs locaux, tiennent les statistiques sur les attaques et les victimes.

Sur mon bureau :

Le site de Nuba reports.
Le site de reportages Nuba reports sous le feu des hackers au Soudan. 25 octobre 2014. IFEX Reprise d’un article de Reporters sans frontières.

Le blog de Eric Reeves relaie toutes les informations sur les conflits du Darfour, du Sud-Kordofan, du Nil Bleu, et des zones frontalières. Il publie également des analyses et des documents exclusifs.

Paris: l’opposition soudanaise unie signe une déclaration en faveur de la paix et de la démocratie. 21 août 2014. Collectif Darfour

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s