Darfour: les femmes de Tabit attendront

8 mars 2013, El Fasher, Nord-Darfour. Journée internationale de la Femme. Des élèves sage-femmes défilent. @ Albert Gonzales Farran/UN.

8 mars 2013, El Fasher, Nord-Darfour. Journée internationale de la Femme. Des élèves sage-femmes défilent. @ Albert Gonzales Farran/UN.

«Il est impossible que les militaires se transforment en  monstres prédateurs violant toutes les femmes du village»

affirme le ministère soudanais des affaires étrangères dans un communiqué après avoir refusé pour la seconde fois l’accès du village de Tabit à une équipe d’enquêteurs de la Mission de l’Union africaine et des Nations unies au Darfour.

Dans ce bourg du Nord-Darfour, le 30 octobre 2014, aux environs de 20 heures, des troupes soudanaises renforcées par des garde-frontières ont pris position.

Selon les témoignages recueillis par Radio Dabanga*, les militaires auraient évacué les habitants du village et auraient séparé à coups de bâtons les hommes des femmes. Ensuite, ils auraient violé près de 200 d’entre elles.

L’«opération punitive»  aurait duré jusqu’à 4 heures du matin.

Quatre jours plus tard, le lieutenant Hamid Ismael, commandant de la garnison voisine de Tabit, aurait reconnu qu’il s’agissait d’une «erreur».

Une rumeur avait couru au sein des troupes qu’un soldat avait été tué par les villageois de Tabit. Celui-ci avait été retrouvé par la suite, bien vivant, dans un autre village, à Al Taweela.

Il ne s’est rien passé

Le 5 novembre, les enquêteurs de la Minuad tentent de se rendre à Tabit pour recueillir des témoignages. Ils en sont empêchés par l’armée suite à une erreur dans la procédure de demande d’accès.

Quelques jours plus tard, ils parviennent à rencontrer quelques personnes dans un nouveau rendez-vous qui dure à peine un quart d’heure.

La veille de leur visite, les autorités militaires sont passées à Tabit, et se sont bien fait comprendre auprès des villageois: «tout manque de coopération» sera châtié. Un message que les habitants ont aussitôt décodé.

Après son passage, la Minuad «se fend» d’un communiqué officiel dans lequel elle conclut n’avoir pas de preuves tangibles de viol collectif.

Le rapport provoque la colère des Darfouris.

Mais le document de la Minuad précise aussi que les personnes interrogées l’ont été en présence des forces de sécurité. Un langage diplomatique qui ne sied plus aujourd’hui.

Mais que fait la Minuad pour protéger les civils ?

L’affaire prend de l’ampleur médiatiquement, et met la pression à la fois sur la Minuad, accusée de légèreté, et sur le gouvernement de Khartoum qui nie tout en bloc.

Le 14 novembre, le ministère de la Défense convoque le chef de la Minuad Abiodun Oluremi Bashua , et lui fait la leçon sur la façon qu’il a eu de gérer l’incident, accusant la mission d’avoir «gaspillé de l’argent sur une rumeur lancée par une radio bien connue pour son manque de crédibilité et son manque de professionnalisme».

L’enquête doit rester soudanaise et elle est confiée au procureur spécial pour les crimes commis au Darfour.

Le lendemain de la convocation, la Minuad refait une tentative en direction de Tabit. L’autorisation est accordée par le gouverneur du Nord-Darfour, mais le ministère des Affaires étrangères estime qu’il doit également donner son «feu vert», et donc refuse l’accès au village.

Pour se justifier, le ministère indique que

«les habitants de Tabit ont été indignés par les rumeurs sur les prétendus viols collectifs et en ont conçu du ressentiment et de la colère, partagés par les villages voisins, ce qui crée des tensions dans la région. La population de Tabit est désormais hostile à la Minuad car la réputation de femmes innocentes et chastes a été entachée par ces allégations».

Selon le gouvernement, de tels actes sont impossibles du fait que des soldats ont des épouses dans le village de Tabit.

Le 25 novembre 2014, le bureau du département des droits de l’homme de la Minuad à Khartoum a été fermé par les autorités.

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* Radio Dabanga est fortement soutenu par Free Press Unlimited, un consortium de différentes organisations professionnelles des métiers du journalisme et d’associations aux Pays-Bas.

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