A Khartoum, la vie politique est une affaire de familles

Khartoum en pleine haboob (tempête de poussières et de sable).

Khartoum en pleine haboob (tempête de poussières et de sable). (GNU) Akamhoam.

La politique est chose complexe à Khartoum où les alliances et conflits se déclenchent comme des orages de sable.  Mais il est un principe de base : dignitaires du régime et opposants sont liés par des liens familiaux très étroits, qui plus est, quasi séculaires.

Les premiers peuvent envoyer les seconds en prison, et les seconds peuvent critiquer violemment les premiers, on n’a jamais vu de rupture totale avec le pouvoir en place. Les grands partis d’opposition sont toujours prêts à collaborer le temps d’une saison.

Dans une démocratie, on apprécierait ces contributions, mais le Soudan n’est pas une démocratie, et son président, Omar el-Béchir, est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, commis au Darfour.

En janvier 2014, il a appelé les opposants à participer à un dialogue national sur les réformes à mener au Soudan. Mais avant d’en étudier les péripéties, un bref rappel.

Il y a 25 ans

Le 30 juin 1989, le lieutenant-général Omar el-Béchir, avec l’appui des islamistes, renversait le gouvernement de Sadiq el-Mahdi, du parti national Oumma.  Celui-ci est arrêté et jeté en prison.

Le président Ahmed Ali al-Mirghani, démocratiquement élu trois ans plus tôt, se réfugie en Egypte, tout comme son frère,  Mohammed Osman al-Mirghani, leader du Parti démocratique unioniste et chef de la Khatmiyya, confrèrie soufie.

Omar el-Béchir dissout le Parlement, interdit les partis politiques, et met la presse sous contrôle.

Un front d’opposition, l’Alliance nationale démocratique, est créé à Asmara, en Erythrée.

Après quelques mois d’emprisonnement, Hassan el-Tourabi, leader du Front national islamique, la branche soudanaise des Frères musulmans, et vice-premier ministre dans le gouvernement de Sadiq el-Mahdi,  revient en force au pouvoir et entreprend d’islamiser le pays. Il fait voter la sharia en mars 1991, renforçant ainsi les antagonismes avec la population du Sud-Soudan.

En octobre 1993, le général Omar el-Béchir est nommé président du Soudan, une nomination confirmée par une élection trois ans plus tard alors que Hassan el-Tourabi est élu président de l’Assemblée nationale.

Le 30 juin 1998, le chef de l’Etat  promulgue une nouvelle constitution et rétablit le multipartisme . Le Front national islamique devient le  Parti du congrès national, Hasssan al-Tourabi est élu secrétaire général.

Mais quelques mois plus tard, Omar el-Béchir démet  Hassan el-Tourabi de toutes ses fonctions. Celui-ci réplique en fondant le  Parti du congrès populaire.

Lorsque Hassan el-Tourabi tente de faire voter une loi pour limiter les pouvoirs du président, ce dernier dissout l’Assemblée, déclare l’état d’urgence, et organise de nouvelles élections en décembre 2000.

Le PCP se rapproche  du Mouvement de libération des peuples soudanais (Sud-Soudan), lui-même membre de l’Alliance nationale démocratique.

Hassan el-Tourabi est emprisonné. L’islamiste ne cessera de faire des aller-retour en prison dans les années suivantes.

les liens familiaux qui relient les personnalités politiques du Soudan.

A Khartoum, la vie politique est une histoire de familles.

 Sous le signe de la guerre 

La marque du régime de Omar el-Béchir, c’est la guerre. Comme il n’arrive pas à l’emporter de façon décisive, le général la mène par procuration en créant des milices, ou en aidant les ennemis de ses ennemis.

Contre le Sud-Soudan, il soutient la dissidence du Mouvement de libération des peuples soudanais, SPLM-faction Nasir (1991). Il signe un accord avec les leaders de cette faction,  Riek MacharLam Akol et Gordon Koang Chuol, en 1997. Les deux premiers intègrent le gouvernement de Khartoum, le troisième prend position au sein des Forces armées soudanaises. En sous-main, Omar el-Béchir soutient aussi les troupes de Paulino Matip et Kerubino Kuanyin pour maintenir la pression et sur les rebelles de John Garang de Mabior (SPLM/SPLA) et sur ses nouveaux alliés.

Lorsque le Sud-Soudan devient indépendant en 2011 sous le nom de Soudan du Sud, Khartoum a déjà armé les mécontents des élections au gouvernorat des Etats d’avril 2010, et encourage les éleveurs Misseriya à tracer leurs routes vers les pâturages, de façon musclée dans le territoire frontalier contesté d’Abyei. L’absence de démarcation sur 80% de la frontière avec le Sud autorise tous les abus de part et d’autre.

Contre l’Ouganda qui s’est rangé aux côté de la SPLA, il accueille et fournit des armes à l’Armée de résistance du seigneur (LRA) dont le meneur actuel Joseph Kony est recherché par la Cour pénale internationale.

Au Kordofan, il lance ses miliciens des Forces populaires de défense, un corps de supplétifs de l’armée, créé en 1989. Le corps ne sera démantelé qu’en 2009 après un cessez-le-feu dans les monts Nouba et les accords de paix avec le Sud-Soudan.

Au Darfour, des anciens membres soudanais des légions de Kadhafi, naîtront les Janjaweeds, des miliciens qui font office de garde-frontière avec le Tchad. En 2003, ils sont armés par Khartoum, et placés sous le commandement de Musa Hilal, pour contenir les rebelles de l’Armée de libération du Soudan et du Mouvement pour la Justice et l’Egalité. Musa Hilal «voit grand», massacre les civils et brûle les villages.

Aujourd’hui, le commandant Hilal, qui n’est pas poursuivi par la CPI, mais dont les déplacements ont été restreints par les Nations unies, a démissionné du Parti du congrès national et s’est installé au Nord-Darfour où il a fondé le Conseil révolutionnaire du réveil soudanais.

Les liens familiaux entre personnalités politiques au Soudan.

Les liens familiaux entre personnalités politiques au Soudan.

(2) Le «dialogue national»

 

Sur mon bureau :

Le très documenté et détaillé site Still Sudan de Magdi el-Gizouli

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