Que fait l’armée ougandaise au Soudan du Sud ?

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Dans une église, au Soudan du Sud, après une attaque de la Lord Resistance Army. © Inconnu.

Le 20 décembre 2013, au lendemain de la réunion des ministres des Affaires étrangères de pays membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), des délégués des Nations unies et de l’Union africaine à Juba, et avec leur assentiment, les troupes ougandaises pénètrent au Soudan du Sud afin de « protéger et évacuer les citoyens ougandais résidant dans le pays ».

Dans les rues de la capitale, on compte déjà 450 morts dont une centaine de soldats de l’Armée de libération du peuple soudanais (SPLA).

Le 21 décembre, les autorités annoncent que 7 977 Ougandais ont passé la frontière ainsi que 4 811 Kényans et 1 845 Sud-Soudanais.

La mission des Forces populaires de défense de l’Ouganda (UPDF) prend ensuite une autre tournure quand ces dernières se positionnent autour de l’aéroport international de la capitale. Elles sécurisent les aller et venues des émissaires. Mais pas seulement.

L’Armée de libération du peuple soudanais à la peine

Dans l’Etat de l’Unité, le commandant James Koang Chuol rejoint le camp de l’ex vice-président Riek Machar avec ses hommes. Les affrontements sont violents à Bor, dans l’Etat de Jonglei. Puis, c’est l’Etat du Haut-Nil qui s’embrase.

Dès le 28 décembre, le « rebelle », Riek Machar dénonce la présence d’hélicoptères ougandais, à Bor.

Sans relever l’accusation, le président Yoweri Museveni encourage Riek Machar à répondre à l’offre de dialogue qu’a formulée quelques jours plus tôt le chef de l’Etat sud-soudanais, Salva Kiir. Un encouragement en forme de menace puisqu’il prévient le « rebelle » que s’il n’y répond pas l’Ouganda prêtera main-forte à la SPLA.

Le dissident réplique en acceptant un cessez-le-feu, mais en appelle à l’Igad et les Nations unies pour modérer les ardeurs interventionnistes du président ougandais.

Alors que les affrontements s’étendent dans le pays, le 16 janvier 2014, Yoweri Museveni admet que ses troupes ne sont pas là que « pour la protection des citoyens ougandais » mais qu’il était du devoir du pays d’intervenir « pour empêcher la chute d’une démocratie« . Ce, quelques heures seulement après que le Parlement ougandais a approuvé rétroactivement sa décision d’envoyer des soldats au Soudan du Sud.

Le chef de l’Etat ougandais reconnaît au même moment que trois jours plus tôt, appuyés par des hélicoptères et des tanks, les UPDF ont pris part à des combats à 90 km au nord de Juba.

Le porte-parole de l’armée ougandaise indique que 9 soldats ougandais ont été tués lors d’une embuscade.

Alors que la SPLA (Armée de libération du peuple soudanais) lance une contre-offensive dans le Haut-Nil sur Malakal, les médiateurs (dont une représentation chinoise) qui supervisent les discussions entre Sud-Soudanais, à Addis-Abeba, en Ethiopie, invitent les groupes armés « alliés » à quitter le territoire pour éviter la régionalisation du conflit.

Le Soudan du Sud dans une situation chaotique

Pendant que le groupe de rebelles mené par David Yau Yau se taille une nouvelle virginité en s’alliant à la SPLA contre la SPLA-dans-l’opposition (comme se détermine Riek Machar), les razzias se multiplient dans le pays. Les pasteurs Misseriya taillent leurs routes de pâturage à coups de kalachnikov  (la grande réunion inter-tribale avec les Dinka qui décide des prix, lieux et temps de pâtures n’a pu se tenir comme prévu) dans le territoire d’Abyei. La Lord Resistance Army refait surface à l’Ouest, et Karthoum bombarde le Sud Kordofan avec des bombes-parachutes.

Le 5 février, le gouvernement sud-soudanais justifie son appel à l’aide à l’Ouganda qu’il qualifie d ‘ »ami authentique ». Le ministère de la Défense confiera peu après que les troupes ougandaises (1 600 hommes) sont payées par le Soudan du Sud pour leurs opérations sans que cela soit infirmé par les intéressés.

Les Nations unies comptent 750 000 déplacés au Soudan du Sud.

Des restes de bombes à sous-munitions (fragmentation) sont retrouvés par des experts des Nations unies et des membres de l’organisation Human Rights Watch dans la région de Bor, théâtre de violents affrontements. L’Ouganda rejette toute accusation arguant qu’il est signataire de la Convention sur les sous-munitions (2008). Les autorités sud-soudanaises évoquent des débris de bombes de conflits précédents.

Le 8 février, Washington demande le retrait immédiat des soldats ougandais. La Norvège, le Royaume-Uni, l’Ethiopie lui emboîtent le pas.

Alors que la SPLA effectue « un repli tactique » de Malakal dans le Haut-Nil après avoir subi de lourdes pertes, Yoweri Museveni rend visite à ses troupes à Bor, puis s’entretient longuement avec Salva Kiir, à Juba. Rien ne filtre de leurs discussions.

Le cabinet ougandais approuve une rallonge de 120 milliards de shillings, soit 38 millions d’euros, pour son budget Défense.

Déjà en délicatesse avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Norvège et la Banque mondiale qui ont suspendu leur aide après le vote au Parlement de la loi homophobe en décembre (promulguée par le président ce 24 février 2014), l’Ouganda annonce qu’il se retirera du Soudan du Sud à la fin avril.

Répondant à la demande du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, le Népal et le Ghana ont envoyé des troupes pour renforcer la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (UNAMISS).

Des troupes tanzaniennes, mandatées par l’Union africaine, dans le cadre des forces ACIRC (African Capacity for Immediate Response to Crisis), doivent être déployées fin avril.

Mauvaise réputation, mauvais souvenir

Les Congolais de la République démocratique du Congo ont connu l’intervention de l’armée ougandaise en 2005.

Marquée par des violences contre la population, l’occupation s’est achevée sur des scandales militaro-financiers impliquant le frère du président Yoweri Museveni, le lieutenant-général Salim Saleh, et son fils. L’Ouganda avait été condamnée à payer 7 milliards d’euros en guise de dédommagements à la RDC;

Mauvais souvenir : l’hélicoptère transportant le leader du Mouvement pour la libération du peuple soudanais (SPLM), John Garang, après sa rencontre avec le président Yoweri Museveni, et qui s’est écrasé  le 30 juillet 2005 entraînant la mort du chef historique de la guérilla sudiste, était ougandais.

Les forces de défense populaire de l’Ouganda disposent de 50 000 hommes. Avec l’Ethiopie et l’Afrique du Sud, elles sont susceptibles d’intégrer la force de réaction rapide que veut créer l’Union africaine.

Si vous voulez créer une force de réaction rapide, préparez-vous à intervenir partout, car la plupart des Etats africains ne sont pas viables, même si leurs dirigeants refusent de le reconnaître.

Musambayi Katumanga, professeur de sciences politiques à l’université de Nairobi

Le Soudan du Sud, avant la rébellion, disposait de 109 000 hommes (estimation), selon l’Institut international des études stratégiques.

Depuis le 15 décembre, de nombreux soldats ont déserté ou sont passés dans les rangs de la « SPLA-dans-l’opposition ».

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