Le trafic florissant des «passeurs» de clandestins en Afrique de l’Est

Image satellite NASA montrant la porte des larmes, le Bab-el-Mandeb, entre Djibouti et le Yémen.

Entre Djibouti (à gauche) et le Yémen (à droite), la porte des larmes, le Bab-el-Mandeb. © Nasa.

Il y a une trentaine de kilomètres entre Djibouti et la côte yéménite, quelques longueurs de plus qu’entre la France et l’Angleterre.

Dans l’étroit goulot du Bab-el-Mandeb, «la Porte des Larmes», entre l’océan Indien et la mer Rouge, chaque semaine des embarcations circulent, transportant des immigrés clandestins : des Ethiopiens en grande majorité, et des Somaliens prêts à tout pour fuir pauvreté, conflits armés et sécheresse.

Cette activité entretient des réseaux d’intermédiaires de quelques centaines de personnes qui ont généré en 2012, d’après les calculs des organisations internationales, un revenu évalué entre 8 et 9 millions d’euros pour le passage d’environ 84 000 personnes.

Pour minimiser les risques liés à la sécurité de l’embarcation, les trafiquants obligent les migrants à rester assis sans bouger durant le voyage. Tout mouvement ou toute parole est sévèrement réprimée. Les témoignages des clandestins font état de brutalités, de coups de feu, de bastonnades, de noyades et de meurtres d’enfants à bord. Femmes et filles restent sur le pont où elles sont l’objet d’abus sexuels, de viols et quelquefois tuées.

                                                                     Le trafic des migrants entre la Corne de l’Afrique et le Yémen. Juin 2013.
Regional Mixed Migration Secretariat (RMMS).

Selon les organismes qui ont participé à l’enquête du RMMS, les violences se sont atténuées ces deux dernières années pour une unique raison : préserver la «marchandise», particulièrement éthiopienne, pour la vendre à des réseaux du crime organisé au Yémen.

Carte du Golfe d'Aden et du Bab-el-Mandeb

Carte du Golfe d’Aden et du Bab-el-Mandeb. (CC) Marion Urban

Obock et Bossasso, les ports d’embarquement des Ethiopiens et Somaliens

Obock, à Djibouti, et Bossasso,au Puntland, la région autonome de Somalie, sont les deux grands ports d’embarquement des clandestins à destination du Yémen, et au-delà, de l’Arabie saoudite et des Emirats.

Bossasso, où l’Office des nations unies contre la drogue et le crime (Unodc) a identifié 34 agents –on devrait écrire plus justement «agences» en raison du nombre de collaborateurs- organisant le passage des clandestins, a perdu depuis peu son rang d’épicentre du trafic (25% du marché) grâce à la création d’une force de police maritime en 2010, et ce, peu après la publication de lois contre la piraterie.

Entre 12 et 14 bateaux effectuaient chaque mois l’aller-retour à raison d’un rythme de deux fois par mois pour chacun. Les prix de la traversée dépendent du type de l’embarcation (rapide ou lente).

Les Somaliens qui transitent par ces ports sont automatiquement admis en tant que réfugiés au Yémen (Les Somalilandais se déclarant « Somaliens »).

Les Ethiopiens (84 446 clandestins en 2012) ne restent pas au Yémen et cherchent à poursuivre leurs routes. A ce stade, ils constituent une fois encore une «marchandise» à négocier auprès des passeurs yéménites pour d’autres destinations, avec quelquefois kidnapping et travail forcé à la clé.

Peu de Somaliens empruntent la route de l’intérieur des terres qui conduit au Soudan, la Libye et l’Italie. Celle-ci est plutôt suivie par les Erythréens et les Ethiopiens. Les Somaliens privilégient le trajet Kenya-Tanzanie-Afrique du Sud via le Malawi ou la Zambie. Entre 2006 et 2012, le nombre d’arrivées de Somaliens clandestins en Afrique du Sud est resté stable (environ 22 000). Ils ont été cibles de violences anti-immigrés à plusieurs reprises dans ce pays.

La discrimination dont ils sont l’objet depuis que le Kenya s’est lancé dans la lutte contre les shebabs pourrait les inciter à reprendre cette direction.

Nairobi, capitale du trafic d’êtres humains en Afrique de l’Est

Selon le rapport du RMMS, la capitale kényane est depuis longtemps un «hub» (noeud de routes).

Source: RMMS. 2013. Tarifs relevés d'après les témoignages de clandestins entre 2009 et 2012. Les variations des tarifs dépendent des conditions de transport, des difficultés aux frontières et des nationalités des migrants.

Source: RMMS. 2013. Tarifs relevés d’après les témoignages de clandestins entre 2009 et 2012. Les variations des tarifs dépendent des conditions de transport, des difficultés aux frontières et des nationalités des migrants.Le revenu annuel moyen en Ethiopie est de 260€, en Erythrée 354€ (2011). Estimation pour la Somalie: 520€. Unicef. Banque mondiale.

5 à 10 réseaux somaliens et kényans reliés au crime organisé international détiennent la totalité du marché des clandestins à Nairobi et les transportent vers l’Europe ou l’Afrique du Sud voire jusqu’en Colombie (Unhcr) au gré des restrictions frontalières.

Pour rappel: plus il est difficile d’obtenir le visa, l’asile; plus la nationalité suscite le rejet du pays de destination, plus les prix des passeurs augmentent.

Promptes à organiser des opérations «Coup de poing» contre les Somaliens (600 000 enregistrés comme réfugiés, et selon les estimations des institutions,  environ 200 000 clandestins), les autorités kényanes ne réagissent aucunement à la corruption des policiers et militaires qui exploitent ou détroussent les migrants aux frontières, aux contrôles routiers ou dans les centres urbains.

La longue marche des Erythréens

La tragédie du 3 octobre 2013 en mer Méditerranée, au large de Lampedusa, qui a vu la mort de 336 Somaliens et Erythréens a rappelé pour quelques semaines seulement dans la presse européenne combien ce dernier Etat est participant de la fuite clandestine de ses ressortissants non seulement de par la nature répressive de son régime, mais aussi de par la source de revenus que représentent les transferts d’argent de la diaspora dans ce pays.

Les fonctionnaires, militaires, policiers érythréens sont les premiers organisateurs du trafic. Les clandestins empruntent l’une des routes les plus dangereuses à travers le Soudan et le désert libyen pour rejoindre Tripoli.

En 2011, il y a eu 12 190 demandes d’asile de Somaliens dans l’Union européenne. 33% ont été rejetées. La Suède, Malte et la Norvège ont été les pays qui ont accueilli le plus d’immigrés.

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