Les musulmans, les Somaliens et les Somalis, cibles de la police kényane

"Not Yet Kenyan", "Pas encore Kenyan", reportage de Mohammed Adow et Damian Clarke, diffusé par Al-Jazeera rédaction anglaise, le 12 novembre 2013, sur l'histoire des violences exercées contre les Kenyans somalis, hier et aujourd'hui. ©Al-Jazeera

« Not Yet Kenyan », « Pas encore Kenyan », reportage de Mohammed Adow et Damian Clarke, diffusé par Al-Jazeera rédaction anglaise, le 12 novembre 2013, sur l’histoire des violences exercées contre les Kenyans somalis, hier et aujourd’hui. ©Al-Jazeera

Après l’assaut contre le centre commercial du Westgate, à Nairobi le 21 septembre 2013, les réfugiés somaliens, les Kényans somalis et les musulmans avaient tout à craindre de représailles de la part du reste de la population.

Mais, pour l’instant, les attaques viennent majoritairement des dirigeants.

Les réfugiés somaliens

Le 30 septembre, le président de la commission parlementaire de la Défense, Ndung’u Gethenji  demande le démantèlement des camps de réfugiés somaliens, qui servent « de base d’entraînement » pour les terroristes. « Le Kenya doit repenser sa politique d’hospitalité » menace-t-il.

Deux mois plus tard, jour pour jour, les gouvernements du Kenya, de la Somalie et du Haut-commissariat aux réfugiés annoncent la signature d’un accord-cadre sur les procédures accompagnant les départs volontaires des réfugiés somaliens.

Aux dires des parties, il s’agit d’un hasard du calendrier: cet accord était attendu depuis plusieurs mois.

Les organisations non gouvernementales comme Action contre la Faim, Handicap International, Terre des Hommes, Coopi (Italie) rappellent à cette occasion que la Somalie n’est pas sécurisée, et qu’il n’existe que des « poches » de paix sur le territoire.

Le nombre de réfugiés somaliens seraient de 474 483, sachant que le Kenya a cessé d' »enregistrer » les réfugiés somaliens depuis son intervention dans le pays le 20 octobre 2011. Ils vivent dans les camps mais résident aussi dans la capitale où ils trouvent l’appui de leurs familles kényanes.

Kenya: Les violations des droits humains des réfugiés somaliens par les forces de sécurité doivent faire l’objet d’enquête – Human rights watch 4 mai 2012.

Les Kényans somalis

Depuis l’attaque du Westgate, tout comme les réfugiés, les Kényans somalis, qui vivent en majorité dans le Nord-Est du pays, restent une cible potentielle des forces de l’ordre et de la population même si cette dernière est au courant que parmi les 67 victimes des terroristes, il y a des Kényans somalis.

Depuis les premiers jours de l’indépendance kényane, les Somalis ont été visés par des opérations d’une violence inimaginable. A plusieurs reprises, les militaires ont massacré, violé, pillé, et détruit des quartiers de Garissa et de Dadaab, avec l’assentiment des dirigeants politiques.

Not Yet Kenyan (durée: 47 mn, en anglais), le reportage de Damian Clarke et Mohammed Adow relate de façon poignante, l’histoire des massacres somalis commis par l’armée kényane. Le documentaire est diffusé par Al-Jazeera service anglais. Il inclut des images d’archives sur la répression lors de la guerre des Shifta.

La Commission Vérité, Justice et Réconciliation les répertorie (rapport publié en 2013) et désigne nommément les responsables des tueries, mais elle insiste également sur  la volonté  des gouvernements successifs de Jomo Kenyatta (1963-1978) et de Daniel Arap Moi (1978-2002) de faire le silence sur ces faits et ces abus.

Toutefois, les antagonismes ne se soldent pas par un rapport officiel: l’année passée, des expéditions punitives ont été menées contre les Kényans somalis suite à des actes terroristes des shebaabs.

Après un attentat contre un matatu (minibus de transport privé) qui a fait 10 morts, le 18 novembre 2012, à Nairobi, la population s’en est prise aussitôt aux résidents du quartier d’Eastleigh, le quartier historique des Kényans somalis et des Somaliens.

Deux jours plus tard, le 20 novembre, le marché de Garissa est mis à sac par les militaires après le meurtre de trois d’entre eux par des shebaabs. Le mois suivant, plusieurs attaques à la grenade ont lieu à Eastleigh dont l’une blesse un député kényan somali.

Les Kényans somalis constituent le 6e groupe communautaire du pays par son importance, soit un peu plus de 2,3 millions de personnes selon le recensement de 2009.

Rendering difference visible: the Kenyan state and its Somali citizens.(Une différence visible : l’Etat Kényan et ses citoyens somali) Emma Lochery. Oxford Journals. Royal African Society. 2012.

Les musulmans

Bien entendu, on retrouve une bonne partie des Kényans somalis parmi les musulmans ciblés par les forces de l’ordre kényanes.

Les responsables de la communauté musulmane se sont de suite démarqués des terroristes du centre commercial Westgate, en dénonçant une mauvaise interprétation du Coran et se désolidarisant des « luttes qui défendent un Islam que nous ne connaissons pas » .

Mais, comme on le constate dans le documentaire « Not Yet Kenyan », cette prise de position n’a pas empêché le gouvernement kényan d’utiliser des méthodes musclées au nom de la lutte contre le terrorisme.

Peu après l’attaque du Westgate, le 4 octobre 2013, le cheikh Ibrahim Omar est tué avec trois de ses compagnons sur la route entre Mombasa et Malindi par des inconnus. Son assassinat provoque aussitôt des émeutes parmi les jeunes musulmans à Mombasa vivement réprimées par la police.

Cheikh Omar, un prêcheur radical, était perçu comme l’héritier du cheikh Aboud Rogo, personnalité incendiaire de la côte kényane.

Aboud Rogo, soupçonné d’être un homme clé des shebabs au Kenya et placé sous haute surveillance non seulement par les autorités nationales mais internationales,  a été tué le 27 août 2013 par des inconnus dans la périphérie de Mombasa. Il circulait avec des membres de sa famille, qui ont survécu. On a relevé sur le corps d’Aboud Rogo une vingtaine d’impact de balles. Sa mort a aussitôt provoqué des incidents qui ont fait 4 morts.

Aboud Roggo s’était plaint de harcèlement et de menaces des policiers et avait demandé protection à la justice.

En avril 2012, deux de ses proches dont l’un accusé de détention d’armes et de recrutement pour les shebabs, avaient disparu mystérieusement. Le corps de l’un avait été retrouvé dans une forêt et l’autre, à la morgue de Mombasa.

En début d’année, ce sont quatre autres personnes qui avaient été arrêtées par des policiers à Mombasa. Le corps d’une d’entre elles avait été  retrouvé dans un parc naturel quelques temps plus tard.

Aujourd’hui, les leaders modérés de l’Islam kényan disent subir des attaques régulières par des groupes de jeunes radicaux qui leur reprochent leurs propos après l’assaut du Westgate. Ils demandent à ce que l’on retrouve les coupables des meurtres des musulmans et qu’ils soient traduits en justice.

L’assassinat ne décourage pas les terroristes, il en crée d’autres – Otsieno Namwaya, Human Rights Watch

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